• La séparation

     

    Comme souvent ces derniers temps, c’est un cauchemar qui réveilla Roku ce matin-là. Un cauchemar terrifiant et insupportable. Le genre de cauchemar qui, même éveillé, continuait de nous hanter tant il avait été effrayant et réaliste. Lorsque Roku, couvert de sueur, osa à nouveau bouger, il se leva et rejoignit en hâte le lit de son frère jumeau de l’autre côté de la pièce. Il se glissa sous la couverture, recherchant la présence réconfortante qui lui ferait bien vite oublier cet affreux cauchemar. Mais le lit était vide.

    La déception du plus jeune en ce moment fut immense. Kyuu s’était à nouveau levé sans l’attendre, alors qu’il aurait particulièrement besoin de lui en ce moment-même. Résigné, Roku se leva. Il tira les rideaux, éclairant la chambre d’une lueur matinale. Puis, il ouvrit la fenêtre, respirant l’air frais et légèrement humide. Il se força à oublier le cauchemar et, petit à petit, il se calma. Laissant la fenêtre ouverte pour aérer la chambre, il traversa la pièce pour en sortir. Il s’attendait à retrouver son jumeau dans la cuisine, mangeant son petit-déjeuner. Mais il n’était pas là non plus.

    - Kyuu ? Tu es là ?

    Seul le silence lui répondit. Leur appartement, pourtant petit, faisait étrangement vide sans son frère. Le cadet tremblait légèrement lorsqu’il ouvrir la porte du frigo. La nouvelle bouteille de lait n’était pas entamée, or Kyuu buvait toujours du lait le matin. Il n’avait donc pas pris son petit-déjeuner ici. Le plus jeune des jumeaux essaya de rassembler ses souvenirs embrumés. Kyuu était-il même rentré hier soir ? N’avait-il pas passé la nuit seul ? En refermant la porte du frigo, il remarqua qu’un message y était accroché.

    « Je suis sorti. Attends-moi s’il te plaît, je reviens vite. »

    Déçu, Roku mangea donc son petit-déjeuner seul. Certains éléments qu’il avait tenté d’oublier lui revenaient à présent douloureusement en mémoire. Cela faisait quelques temps maintenant, que Kyuu l’évitait. Ils ne s’étaient même plus vus depuis plusieurs jours. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Eux qui, avant, étaient inséparables. On dit toujours que le lien qui unit des jumeaux est spécial. Mais Roku le savait : le lien qui l’unissait à son frère l’était encore plus. Alors, il ne comprenait pas pourquoi son frère partait en le laissant seul ainsi. Ils s’étaient pourtant fait la promesse silencieuse de toujours rester à deux. Ils devaient être là l’un pour l’autre et ne jamais s’abandonner. Le cadet prit d’un geste automatique les médicaments qu’il devait prendre chaque matin, puis il débarrassa la table dans un silence de plus en plus pesant.

    Il espérait que Kyuu l’appelle dans la matinée. Mais ne recevant toujours aucun signe de vie, Roku craqua en premier. C’était toujours lui qui craquait le premier. Il prit son téléphone portable, vérifiant qu’il n’avait pas de message ou d’appel manqué. Il n’en avait jamais, n’ayant pas d’amis proches. Pourtant, même si il y était habitué, il se sentit incroyablement seul en observant son historique vide. Il rechercha le numéro de son frère dans son répertoire et l’appela. Aussitôt, une sonnerie retentit depuis leur divan. Roku s’en approcha, constatant que le téléphone de son frère s’y trouvait là, abandonné.

    - Kyuu, idiot ! Ne pars pas sans ton téléphone…

    Il prit le petit appareil dans sa main et entreprit de le mettre à charger, comme tous les jours. Il vérifia l’historique du téléphone mais, tout comme pour lui, personne ne prenait jamais de nouvelles de son frère. Les derniers messages venaient tous de lui.

    « Tu me manques. »

    « Donne-moi de tes nouvelles dès que tu peux s’il te plaît. »

    « A quelle heure rentre-tu ? »

    « J’ai mis ton repas au chaud. »

    « Est-ce que tu manges avec moi ce soir ? »

    « Où es-tu ? »

    Le plus jeune arrêta de lire, les larmes commençant à lui brouiller la vue. Il les sécha rapidement du revers de la main, refoulant sa tristesse au fond de lui pour essayer de se reprendre. Depuis combien de temps Kyuu jouait-il à ce jeu ? Avait-il fait quelque chose de mal pour qu’il le délaisse ainsi ? Ou son frère avait-il trouvé quelque chose de bien plus intéressant que lui ?

    La peine laissa place à la colère. Il en voulait terriblement à son jumeau. Il n’attendait qu’une chose, c’était qu’il vienne s’excuser du mal qu’il lui faisait en ce moment. Qu’est-ce qu’il avait hâte d’avoir une bonne discussion avec lui !

    Décidant qu’il était temps de s’habiller, Roku retourna dans la chambre. Il y régnait à présent un froid glacial. Frissonnant, le plus jeune se dépêcha de fermer la fenêtre. Le temps était étrangement mauvais pour la saison. Cela correspondait bien à son humeur.

    En entrant dans la salle de bain, un excitation soudaine le parcourut. Kyuu était rentré ! Cependant, cela ne dura qu’un court instant. Le temps qu’il se rende compte que ce n’était que son propre reflet dans le miroir. Encore plus déçu que ce matin si possible, le cadet observa son visage. Il n’avait vraiment pas bonne mine. Ses yeux étaient cerclés de cernes dû à ses nombreux cauchemars. Il mangeait moins aussi, et son visage était creusé, pâle.

    - C’est à cause de toi, Kyuu, maugréât-il. Tu vois le soucis que tu me fais en ce moment ?

    Il se demanda si son frère se faisait du soucis aussi malgré tout. Peut-être avait-il le visage aussi creusé que lui en ce moment ? Mais alors qu’il imaginait le visage de son frère, le cadet fut pris d’une violente nausée et dût se pencher pour vomir dans l’évier. Ses jambes tremblotaient alors qu’il rinça les restes de son petit-déjeuner.

    - Oh non, si en plus je suis malade, je vais devoir aller chez le médecin…

    Il parlait souvent à voix haute ces derniers temps. Cela brisait un peu le silence permanent de l’appartement.

    Se sentant faible, il alla s’asseoir dans le divan. Que devait-il faire ? Il n’avait aucune envie d’appeler le médecin. D’habitude, quand il était malade, Kyuu était là pour veiller sur lui. Si seulement il pouvait le contacter, il était sûr et certain que son frère accourrait pour venir auprès de lui en apprenant qu’il était malade.

    Roku hésitait. En réalité, il connaissait l’adresse où se trouvait son frère. Devait-il aller le voir de lui-même ? Il avait tellement espéré que ce soit lui qui vienne le voir en premier cette fois. Il se tordit les mains, anxieux. Il avait envie d’aller le voir. Même si cela signifiait encore perdre le premier. Il se leva, hésita, tourna en rond. Et si Kyuu rentrait pendant qu’il allait le voir ? Ils risqueraient de se manquer. Inquiet à cette pensée, il colla un message sur la porte du frigo, remplaçant l’ancien. Il regarda ensuite autour de lui. Il ne faisait plus beaucoup d’effort pour s’occuper de l’appartement ces derniers temps. Le désordre régnait partout, et maintenant qu’il y faisait attention, il se rendit compte que la poussière s’était accumulée.

    - Je devrais nettoyer au lieu de passer mes journées à m’ennuyer, remarqua Roku.

    Mais il aurait bien le temps une autre fois. Maintenant, tout ce qu’il voulait, c’était de voir Kyuu. Il attrapa donc un gilet et sortit. Il fit à peine quelques pas dehors que le froid le surprit. Il accéléra alors le pas, courant presque jusqu’à la station de métro. Evitant le regard des autres, il se rendit au bout du quai pour attendre le métro, là où il y avait le moins de monde. Le métro arriva bien vite et alors qu’il en franchit les portes, son regard tomba automatiquement sur une jeune femme qu’il connaissait. Cette dernière aussi le vit, mais elle détourna aussitôt le regard, se concentrant sur son téléphone.

    - Hannah, ne put-il s’empêcher de s’étonner.

    Il regretta immédiatement de lui avoir adressé la parole. Il était évident qu’elle ne souhaitait pas lui parler. Pratiquement toutes les personnes qu’il connaissait préféraient faire comme si ils ne le voyaient pas quand ils le croisaient par hasard. Mais il pensait que la jeune femme qui se prénommait Hannah n’agirait pas ainsi. Ils n’étaient pas vraiment très proches. Mais elle était l’une des seules personnes qui se montraient amicales avec eux.

    - Roku ! S’exclama-t-elle avec un sourire forcé, comme si elle venait seulement de le remarquer. Ca fait longtemps !

    C’était vrai, que cela faisait longtemps. La jeune femme travaillait loin d’ici. Même si ils se voyaient assez souvent avant, depuis quelques temps, ils avaient fini par se perdre de vue. En tout cas, il fut un peu étonné qu’elle le reconnaisse du premier coup d’oeil. Après tout, il avait mis le gilet de Kyuu. Ils se ressemblaient très fort, même pour des jumeaux, alors d’habitude les gens se trompaient tout le temps.

    - Tu… tu n’as pas froid habillé comme ça ? Demanda maladroitement la jeune femme pour faire la conversation.

    - Un peu. Il fait étonnamment froid pour la saison, non ?

    - Qu’est-ce que tu racontes ? On est en hiver !

    Roku ouvra la bouche, puis la referma. Le métro venait de s’arrêter à une station et plusieurs personnes en descendirent. Il n’avait pas remarqué que tout le monde portait des vêtements d’hiver.

    - Est-ce que tu prends bien tes médicaments ? S’inquiétait Hannah.

    - Oui, répondit le cadet, agacé qu’elle ait remarqué qu’il était malade.

    Le silence retomba entre eux alors que le métro démarrait à nouveau. Cette conversation n’était pas agréable pour Roku. Et il voyait bien que la jeune femme avait hâte d’arriver à son arrêt. Il l’aimait bien pourtant, avant. Mais comme tous les autres, elle finissait par s’éloigner de son frère et lui. Elle avait des amis bien plus intéressants qu’eux, maintenant. Il essaya de chercher un sujet de conversation dans l’espoir qu’elle retrouve une meilleure image de lui.

    - Je vais voir Kyuu, annonça-t-il.

    - Oh… Fit simplement la jeune femme, cherchant ses mots.

    - Est-ce que tu vas le voir parfois ?

    Il était curieux de savoir si leur ancienne amie commune préférait voir Kyuu que lui. Mais elle secoua tristement la tête.

    - Je suis désolée. Je n’ai pas vraiment le temps, tu sais. Je n’ai pas beaucoup l’occasion de venir par ici.

    Roku hocha la tête d’un air compréhensif. Mais en vérité, il lui en voulait de ne plus venir les voir. Il en voulait à tout le monde.

    - Ca m’embête un peu, mais ça fait quelques jours qu’il m’évite, reprit-il. Je vais lui dire deux mots à ce propos.

    Le métro ralentissait, ils arrivaient à l’arrêt auquel devait descendre Roku. Hannah l’observait, bouche bée.

    - C’est ici que je descends.

    - Attends, Roku, arriva-t-elle à balbutier. Qu’est-ce que tu racontes ?

    La porte venait de s’ouvrir. Si il ne descendait pas, il risquait de rater son arrêt.

    - Je dois y aller, Hannah. J’espère qu’on se reverra, Kyuu et moi on aimait bien passer du temps avec toi.

    - Attends, Roku ! Répéta-t-elle avec plus d’insistance. Est-ce que tu vois encore un médecin ?

    Roku était sorti de la rame. Il regardait Hannah qui restait à l’intérieur, perplexe.

    - Non. Pourquoi devrais-je voir un médecin ?

    Il eut le temps de voir l’hésitation dans son regard. Elle aurait pu descendre avec lui et lui parler. Mais elle resta à l’intérieur. Parce qu’elle avait d’autres choses à faire et qu’elle était pressée. Parce qu’elle ne savait pas ce qu’elle pouvait faire pour lui. Parce qu’elle n’en avait ni le courage, ni l'envie. Parce qu’elle n’était pas si proche que ça d’eux. Pour tout un tas de raisons, elle resta dans la rame alors que les portes se refermaient.

    - Roku, ça fait des semaines que Kyuu est parti !

    Les portes s’étaient refermées. Quelques secondes de plus et le métro repartit. Peut-être que Hannah regrettera de ne pas être descendue. Ou peut-être se forcera-t-elle d’oublier cette rencontre. Le plus jeune ne le saura jamais. Tremblant à nouveau à cause du froid, ou peut-être pas à cause du froid, il sortit de la station de métro. Kyuu ne pouvait pas être parti depuis si longtemps. Ce n’était pas possible. Il serait devenu fou. Ses pas le guidèrent instinctivement, il connaissait le chemin. Il avait hâte de revoir son jumeau. Il devait absolument lui parler. Il voulait tellement le revoir, lui parler, le toucher. Et que son frère le voie, lui parle et le touche en retour. Qu’il lui sourie, qu’il rie,qu’il lui ébouriffe les cheveux, qu’il le prenne dans ses bras. Qu’il...

    Mais arrivé à destination, il paniqua brusquement. Une panique qui le glaça bien plus que le froid environnant. Il ne savait plus où était Kyuu. Il se mit à courir, perdu.

    - Kyuu, Kyuu, Kyuu… Où es-tu ?!

    Sa respiration était saccadée. Il regardait partout, recherchant désespérément son frère. Il continuait de l’appeler, mais il ne comprenait pas pourquoi ses pas l’avaient conduit en ce lieu. Kyuu était-il vraiment ici ? Il commença à s’arracher les cheveux. Si il continuait, il savait qu’il risquait encore d’être envoyé à l’hôpital. Peut-être que cette fois, ils ne le laisseront plus sortir, comme ils le menaçaient souvent. Mais personne ne savait vraiment que faire de lui. Aucun médicament ne pouvait suffire. Aucun médecin ne pouvait l’aider.

    Enfin, il s’arrêta devant la tombe de son jumeau. Ses lèvres tremblaient alors que la réalité le frappait à nouveau de plein fouet. Ce n’était pas un cauchemar qu’il tentait de fuir. C’était la réalité qui était devenue un cauchemar. Une réalité qu’il ne pourrait jamais accepter et qu’il rejetait de tout son être. Roku tomba à genoux devant la tombe, commençant à sangloter. Il ne reverrait pas Kyuu aujourd’hui non plus.

    Kyuu était parti.

    Il avait beau pleurer, crier, se griffer le visage, Kyuu ne reviendrait plus. Le cadet se recroquevilla sur la tombe, espérant que cette fois, personne ne le retirerait de force pour le droguer de médicaments. Que cette fois, on le laisserait rester auprès de son jumeau pour toujours.

    Jusqu’à ce qu’il puisse le rejoindre, où qu’il soit parti, et lui dire de ne plus jamais l’abandonner.

     

    Note de l'auteur (à lire après la lecture du chapitre) :

    Cette histoire n’a bien sûr pas réellement eu lieue. Ce n’est pas une histoire officielle. Mais qui ne s’était jamais demandé comment réagirait Kyuu ou Roku si leur frère venait à mourir ? Kyuu et Roku sont spéciaux, ils ont été créés pour être inséparables. Il est donc difficile d’imaginer l’un vivre sans l’autre. Sans doute que si l’un venait à mourir, l’autre se suiciderait. Ou, comme je l’ai imaginé ici, il deviendrait tout simplement fou, ne pouvant accepter cette réalité.
    Si vous êtes tristes suite à cette histoire, rassurez-vous : peu importe ce qu'il leur arrive dans les histoires, chansons et autres, les "vrais" Kyuu et Roku ne seront jamais séparés ;)

     


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  • Trois mois s’étaient écoulés depuis l’arrivée d’Alys à Katenze. En ce moment-même, la jeune princesse avait mis de côté ses belles robes et chaussures raffinées pour une tunique ordinaire et des bottes, et s’entraînait avec une épée en bois contre Maika, la capitaine des gardes et fidèle amie. Depuis qu’elle avait commencé à apprendre à se battre, Alys avait dû faire face à bien des douleurs et épuisements. Se battre demandait une bonne condition physique, ce que la fille à la tresse n’avait jamais développé. Chaque matin, Maika l’emmenait courir en dehors du château pour augmenter son endurance, et lui proposait diverses activités physiques pour augmenter sa force. Les muscles endoloris, Alys devait ensuite subir les coups des épées de bois et les combats à mains nues. Pourtant, endolorie et épuisée, la princesse ne s’était jamais sentie aussi satisfaite d’elle-même. Elle était encore très faible, mais elle arrivait à étonner la capitaine par son agilité et son adresse à l’épée qu’elle améliorait de jour en jour.

    Edior était tombé. La nouvelle était parvenue trois semaines après le début de l’assaut des troupes de Miginnie. Edior avait bien tenu, mais n’avait pu repousser indéfiniment les forces ennemies. Les habitants avaient du mal à accepter la nouvelle reine, si bien qu’il y eu de nombreux mouvements de protestation et nombre de prisonniers furent faits. Les rebelles étaient pendus pour servir d’exemple, et Alys n’osait imaginer combien de visages familiers s’étaient retrouvés sur la potence. Ses parents et son frère Syla avaient également été fait prisonniers. Elle espérait qu’ils étaient bien traités, mais n’étant plus conviée aux conseils royaux, elle n’obtenait plus que de rares nouvelles grâce à Maika. Katenze avait accepté un accord commercial avec Miginnie, mettant également fin aux quelques conflits qui avaient éclatés à la frontière de leurs pays. La paix entre les différents royaumes semblait enfin revenue. Mais Alys ne pouvait l’accepter.

    Son mariage était également officiellement annulé. Loin d’être affligée par cette nouvelle, Alys se demandait toutefois ce que Katenze comptait faire d’elle à présent. Apparemment, ils avaient refusé de la livrer à Miginnie, ce dont elle était reconnaissante. Même si elle savait que ce n’était que par intérêt car elle représentait un otage précieux. Ne souhaitant plus prolonger les conflits, Miginnie avait accepté, sous la condition que Katenze annule le mariage et veille à ce qu’elle ne tente de se venger. Maika lui avait aussi appris qu’ils veilleraient à ce qu’elle ne se trouve un mari, prévoyant pour cela de lui faire prendre une voie religieuse, de crainte qu’elle n’ait un enfant qui pourrait un jour récupérer le trône.

    - Joli coup ! La complimenta Maika en repoussant un dernier assaut à l’épée.

    Alys recula, reprenant son souffle. Elle se demanda tout à coup ce que penserait sa mère en la voyant ainsi habillée et couverte de sueur, pratiquant une activité si dangereuse. Et son père, serait-il fière d’elle comme il l’était lors des entraînements de Syla ? Alors qu’elle pensait à sa famille, elle fut parcouru d’une douloureuse nostalgie.

    Bientôt, nous serons de nouveau réunis… Se promit-elle à elle-même.

    L’heure du repas approchait. Lavée et habillée d’une robe turquoise, personne n’aurait pu deviner que la jeune princesse avait passé sa journée à s’entraîner. Cependant, il était difficile de ne pas se faire voir ni d’expliquer de si longues absences. La vérité avait donc très vite été découverte. Cela n’eut cependant aucune conséquence. Certaines personnes se moquaient ouvertement, d’autres hochaient la tête d’un air compatissant, comme si ce n’était qu’une tentative désespérée et inutile d’une princesse déchue. Personne ne semblait prendre ces entraînements très au sérieux. Le roi et la reine semblaient même satisfaits de ne pas l’avoir dans les pieds à longueur de journée. Même si elle complotait une vengeance, seule et captive de Katenze, elle ne représentait guère une menace.

    Alys entra avec Maika dans la salle où était servi le repas. Plusieurs longues tables étaient alignées face à la porte. La salle était déjà pleine et les bruits de conversations, des enfants jouant entre les tables et des chiens se disputant des restes d’anciens repas emplissaient tout l’espace. Les deux femmes se dirigèrent vers la seule table perpendiculaire à toutes les autres, celle du roi et de ses convives. Surélevée sur une estrade, elle faisait face à toutes les autres tables. Au centre, le roi et la reine étaient en pleine discussion en attendant le repas. Assis à côté de son père, Kyo fit signe à Alys de le rejoindre. La fille à la tresse accepta l’invitation et s’assit sur la chaise de libre, tandis que Maika rejoignit une place en bout de table.

    - Vous êtes tellement jolie dans cette robe, la complimenta Kyo, Cela vous sied tellement mieux que ces horribles tuniques d’entraînements…

    Si le mariage avait été annulé, le prince de Katenze ne semblait point s’en formaliser et continuait de séduire la princesse. Alys en était flattée, bien qu’elle ne pouvait lui rendre ses sentiments. Certaines de ses paroles et de ses actions ne lui plaisaient pas, et courtiser était une de ses dernières priorités en ce moment.

    - Arrêtez donc de venir m’espionner durant les entraînements, si vous n’aimez guère me voir ainsi, répondit-elle en essayant d’être ferme sans être trop froide.

    Kyo rit de bon cœur.

    - Ces tenues sont horribles, mais vous… Il est intéressant de vous voir sous toutes vos… facettes. De toute façon, ce que je voulais dire, c’est que vous ne devriez pas faire ces efforts. Vous êtes si douce, si délicate… Cela serait un tel gâchis de déformer une si belle silhouette en vous musclant inutilement.

    - Devrais-je plutôt passer mes journée à coudre enfermée dans ma chambre ?

    - Vous pourriez passer plus de temps avec moi.

    A ce moment, la porte de la cuisine s’ouvrit et les serviteurs entrèrent, plats en main. Alys jeta un regard automatique vers eux sans grande conviction. Elle avait espéré apercevoir de temps en temps Kyuu et Roku, les jumeaux qu’elle avait sauvés d’une vie de brigands. Mais jamais ils ne servirent en salle. Elle pensait qu’ils devaient donc s’occuper de tâches en cuisines, mais lorsqu’elle s’y était rendu à de rares occasions, elle ne les y avait pas croisés non plus. Inquiète que le roi ait changé d’avis sur leur sort suite à la défaite d’Edior, elle avait interrogée Maika à ce sujet, mais cette dernière lui assura qu’elle n’avait pas entendu de changement d’ordre à ce sujet, et en tant que capitaine de garde elle lui assura qu’aucuns jumeaux n’étaient captifs ou avaient été pendus récemment. Alys n’avait osé investiguer plus, sachant qu’elle n’avait aucune raison de montrer trop d’intérêt envers eux. Elle se doutait qu’elle ne les reverrait plus, mais de temps en temps, à l’heure des repas, son regard se promenait encore distraitement parmi les serviteurs.

    - Passer plus de temps avec vous, répéta Alys alors que son assiette se remplissait d’un beau morceau de dinde. Je ne peux pas. Ces entraînements sont importants pour moi.

    Kyo soupira bruyamment.

    - Accepteriez-vous au moins de vous promener avec moi dans les jardins ce soir ? J’aime tellement nos conversations.

    Je ne crois pas que ma conversation soit ce qui vous intéresse le plus chez moi.

    Elle ne pouvait se montrer désagréable avec le prince cependant. Après tout, Katenze continuait de la traiter avec importance malgré la chute d’Edior, elle devait se montrer reconnaissante.

    - Ce serait un plaisir.

    Kyo continua de discuter avec elle durant tout le repas, puis il dut s’absenter pour donner des ordres à des chevaliers. Alys en profita pour se reposer dans sa chambre, seule. Alors que la nuit tombait, elle appela une servante pour l’aider à se refaire une beauté. Elle avait défait sa tresse et ses cheveux tombaient à présent gracieusement dans son dos. Elle se rendit ensuite au lieu du rendez-vous. Elle arriva la première et s’assit sur un banc en attendant le prince. Les jardins du château étaient grands mais moins bien entretenus qu’à Edior. Deux écureuils gambadaient joyeusement entre les arbres avant de disparaître de son champ de vision. Elle leva les yeux pour observer le ciel. Les premières étoiles apparaissaient. C’était une belle soirée.

    - Je suis désolé de vous avoir fait attendre.

    Kyo, très élégant dans son costume pourpre, lui fit un baise-main.

    - Je viens d’arriver également, mentit Alys pour la forme.

    Elle se leva et commença à marcher à ses côtés dans les jardins. Ils semblaient seuls, et Alys profita de ce moment de tranquillité. Sans être éperdue de lui, et sans prendre en compte son regard se perdant régulièrement dans son décolleté, la compagnie de Kyo n’était pas désagréable. Il lui parla de le chasse dont il était revenu la semaine passée, du nouveau cheval qu’il avait reçu de son père, du prochain tournoi qui approchait et qu’il comptait bien remporter.

    - Cela doit être si difficile pour vous, dit-il soudainement. L’avenir doit vous paraître si incertain.

    - Oui… Avoua Alys.

    Ils étaient arrivés dans un coin reculé du jardin. Ils étaient à l’abri des regard, et Kyo s’arrêta.

    - J’aimerais tellement pouvoir faire quelque chose pour vous… Pour vous consoler…

    Il passa doucement ses bras autour d’elle et se pencha pour l’embrasser. Automatiquement, Alys se recula.

    - Kyo… Nous ne sommes plus fiancés…

    - Cela ne me dérange pas.

    - Mais vos parents…

    - Je sais, cela serait très problématique que vous tombiez enceinte. Mais vous, cela vous arrangerait, non ? Un héritier mâle qui pourrait reprendre Edior…

    Son étreinte devint plus ferme alors qu’elle tenta à nouveau de se libérer. Malgré ses entraînements, il restait physiquement bien plus forte qu’elle. Il força ses lèvres sur les siennes, tentant de la faire céder. Mais cela eut pour seul effet de faire paniquer encore plus la jeune femme. Avec horreur, elle sentit une main froide se glisser dans son décolleté.

    - Arrêtez, s’il vous plaît, insista-t-elle lorsqu’il dut reprendre son souffle, la voix tremblante mais ferme.

    Mais Kyo ne l’écoutait pas. Il repassait déjà à l’attaque, ses mains se glissant à présent sous la jupe de sa robe. Cette fois, Alys réussit à répliquer et gifla violemment le prince. Sous le choc, elle profita de son geste pour se libérer totalement et s’enfuit à toute jambe. Son coeur battait la chamade dans sa poitrine. Elle avait eu tellement peur… Et malheureusement, elle savait que les ennuis ne faisaient que commencer. Elle avait giflé le prince de Katenze…

    Kyo resta un moment sur place, bouillonnant de rage. Au lieu de profiter de l’honneur qu’il lui faisait, la jeune femme l’avait humilié ! Comment pouvait-elle oublier aussi vite la situation dans laquelle elle se trouvait ? Will et Yuu réapparurent rapidement à ses côtés.

    - Tu nous avais demandé d’empêcher que vous soyez interrompus, remarqua Will. Mais nous ne savions pas si nous devions la retenir si elle essayait de s’enfuir…

    - Peu importe, qu’elle fuie pour le moment. Elle finira dans mon lit, qu’elle le veuille ou non.

    - Ou… Tu pourrais t’excuser de l’avoir brusquée et tenter de la séduire correctement ? Proposa timidement Yuu.

    Kyo le foudroya du regard, puis reprit la marche.

    - J’ai besoin de me changer les idées. Si nous allions en ville chercher une taverne ? Une jolie serveuse pourrait me faire oublier cet affront…

     

    ***

     

    Luka continuait de siéger au château de Miginnie. Maintenant que les guerres avaient cessées, ses principales préoccupations auraient dû être le maintient de la sécurité dans ses terres et l’expansion de leur pouvoir commercial. Cependant, les anciens habitants d’Edior continuaient de se rebeller de temps en temps, malgré les punitions et pendaisons qui en résultaient. La reine devait donc faire de nombreux aller-retour au château d’Edior pour rétablir l’ordre.

    - Que puis-je faire pour leur faire comprendre ? Maugréât un jour la reine, regardant avec agacement l’homme pendu devant elle. Je ne vais quand même pas tous les exterminer !

    Les Edioriens (bien qu’ils étaient devenus Miginniens, tout le monde les appelaient encore de cette façon pour marquer la différence, Edior étant maintenant une région faisant partie du Royaume de Miginnie) se plaignaient que la reine utilisait leurs ressources pour les Miginniens et que eux se retrouvaient dangereusement appauvris. Ce que Luka considérait comme parfaitement normal. Miginnie avait souffert de longues années à cause d’Edior. Maintenant qu’ils avaient perdu la guerre, elle n’hésitait pas à les traiter en perdant. Il fallait qu’elle leur fasse accepter leur destin, leur infériorité par rapport à son royaume.

    - J’ai entendu que beaucoup d’habitants s’inquiétaient du sort de la famille royale, remarqua Yuuma. D’habitude, les personnes royales captives continuent d’être bien traitées malgré qu’elles aient perdu. Sans crime grave, il n’est pas habituel de jeter au cachot une famille royale.

    - Ils refusaient de se rendre pacifiquement, je voulais montrer ce qu’il en coûtait de me tenir tête, personne importante ou non.

    Un éclat brilla soudainement au fond des yeux de Luka.

    - Mais oui, voilà la solution… Pendre la vermine ne peut suffire à montrer l’exemple. Il faut que je mette à mort une personne tellement importante que le peuple entier comprendra qu’il ne servira à rien de se rebeller.

    - Vous ne pouvez pas pendre un membre de la famille royale, s’inquiéta Yuuma.

    Luka se tourna vers lui en fronçant les sourcils. Il était rare que son chevalier le plus fidèle montre son désaccord envers elle.

    - Ce que je veux dire, reprit Yuuma, comprenant son erreur, est que cela vous causerait bien plus de tort que de bien. Pour l’instant, ce sont les Edioriens qui sont en tort, ils refusent d’obéir malgré que vous ayez pris le pouvoir à la loyale. Mais si vous tuer un membre de la famille royale sans raison valable, vous prendrez certes le dessus sur eux, mais votre réputation en payera le prix…

    Luka médita quelques secondes. Evidemment, il avait raison. Elle devait continuer à avoir le beau rôle. Elle s’étonna de s’être ainsi emportée, elle qui d’habitude restait calme en toute circonstance. Mais elle ne trouvera jamais la vraie sérénité tant que les Edioriens continueront à lui tenir tête, et tant que le véritable héritier continuera de vivre, représentant sans cesse une menace à sa place sur le trône.

    - Sans raison valable, répéta-t-elle.

    Un sourire se dessina sur son visage. Elle avait retrouvé son calme.

    - Yuuma, si la famille royale tentait de m’assassiner, il serait juste que je les tue pour me défendre n’est-ce pas ?

    - Oui. Mais comment pourraient-ils tenter de vous tuer alors qu’ils se trouvent au cachot ?

    - Ils pourraient tenter de s’évader. Un garde un peu distrait, une occasion qui se présenterait miraculeusement…

    - Je vois. Mais même si nous les encouragions à s’évader, que nous garantit qu’ils vous attaqueraient ?

    - L’important n’est pas ce qu’ils feront, remarqua Luka. L’important est ce que nous prouverons qu’ils ont tenté de faire.

    Yuuma hocha la tête. Il avait très bien compris le plan de sa reine. Le roi, la reine et le prince d’Edior tomberont bientôt dans le piège de Luka, sans qu’ils ne puissent rien faire pour se défendre.

     

    ***

     

    Gakupo ralentit son cheval en arrivant au point de rendez-vous. Kaito l’attendait déjà, sur son propre cheval. Le chef du clan avait encore des égratignures de sa récente chute, mais aucune blessure sérieuse. Yohio, lui, avait eu moins de chance. Une jambe cassée l’obligeait à rester au camp, ce qui était un coup dur pour le jeune homme ne vivant que pour l’action. Heureusement, il était entre de bonnes mains et personne ne doutait de son rétablissement.

    Après de rapides salutations, l’homme aux cheveux bleus entra directement dans le vif du sujet.

    - Alors ?

    - Tu as de la chance que j’aie encore de bonnes relation à Katenze, j’ai pu faire le nécessaire.

    - Ils prétendent avoir renforcé la sécurité face aux brigands, mais je suis soulagé de voir que tu aies pu encore faire tout ce chemin sans encombre. Tu dois réellement ressembler plus à un noble qu’à un brigand. Sans doute grâce à tes longs cheveux si bien entretenus ?

    - Trêve de moqueries, le coupa Gakupo.

    Le jeune homme passait effectivement beaucoup de temps à prendre soin de ses cheveux. Ce qui était assez rare pour un brigand, mais pratique pour passer inaperçu en ville.

    - As-tu vu Meiko ? S’enquit ensuite le chef avec un air plus sérieux. Elle va bien ?

    - Oui. Je n’ai pu lui parler que brièvement, elle semblait assez anxieuse. Mais elle était en pleine forme.

    - Tant mieux. J’aimerais la revoir un jour, mais elle semble toujours si occupée.

    Ils reprirent la route côte à côte, mais Kaito sentait que son compagnon avait des questions à lui poser. Il ne l’aida cependant pas à lancer le sujet.

    - Kaito, que mijote-tu ? Finit par demander l’homme aux cheveux violets.

    - Pourquoi crois-tu que je mijote quelque chose ?

    - L’ordre que tu m’as donné, entre autre.

    Kaito arrêta son cheval et regarda autour de lui, s’assurant qu’ils étaient seuls. Gakupo s’arrêta également, curieux.

    - Je suis heureux que tu me poses la question, reprit-il. Evidemment, que je mijote quelque chose. Seul Shirosaki était au courant de ce plan. Mais maintenant qu’il est mort, j’ai besoin de mettre quelqu’un d’autre dans la confidence. Car si il venait à m’arriver quelque chose, il faut que quelqu’un poursuive le plan à ma place.

    - Pourquoi pas Yohio ? Proposa Gakupo, se demandant pourquoi son second n’était pas dans la confidence.

    - Il n’a jamais été bon pour tenir un secret. Et puis, même si j’ai confiance en lui, je sais qu’il chercherait à tirer avantage de la situation, ce qui pourrait mettre tout le plan en péril. J’ai besoin de personnes calmes, réfléchies, qui ne parlent pas sans raison, comme Shirosaki… ou comme toi. Gakupo, je te connais depuis que je suis brigand, et j’ai une totale confiance en toi. Je sais aussi qu’en cas de nécessité, tu feras ce qui est juste.

    Gakupo écoutait patiemment. Il était heureux de la confiance que lui accordait le chef du groupe, qu’il connaissait effectivement depuis bien longtemps, et était aussi soulagé d’enfin savoir ce qu’il complotait.

    - Je me montrerai digne de ta confiance. Je jure que je garderai ton secret et t’aiderai à accomplir tes plans.

    - Très bien…

    Gakupo écoutait gravement les propos de son chef. D’abord, il fut très surpris. Leur groupe de brigands était certes devenu puissant et très important, mais jamais il n’aurait cru qu’ils seraient mêlés à un si grand événement. Mais il comprenait également mieux certaines décisions de son compagnon. Il admirait encore plus son chef, et sa capacité à se hisser toujours plus haut.

     

    ***

     

    Alys, tremblait comme une feuille lorsqu’elle arriva dans le hall du château. Elle n’arrivait toujours pas à croire qu’elle avait giflé Kyo. Allait-il encourager ses parents à lui enlever ses privilèges ? Ou se vengerait-il en la forçant à coucher avec lui ? Elle avait tellement peur qu’elle ne s’étonna pas de voir Maika s’avancer vers elle d’un air grave. Alys avait envie de se réfugier dans ses bras et de tout lui dire. Mais oserait-elle avouer ce qu’il venait de se passer ? Il était dangereux d’accuser un prince, mais Maika était son amie… Cependant, Alys n’eut pas l’occasion d’y réfléchir plus longtemps. Maika venait de la serrer d’elle-même dans ses bras. La princesse en fut d’abord stupéfaite. Etait-elle déjà au courant ? Comment était-ce possible ?

    - Oh, Alys, je suis tellement désolée, commença-t-elle, ne sachant visiblement pas comment aborder le sujet. La nouvelle vient d’arriver. C’est horrible.

    Elle se recula pour regarder la princesse dans les yeux, tout en continuant de la tenir dans ses bras.

    - Que se passe-t-il ? S’inquiéta Alys, comprenant qu’il s’agissait d’une autre mauvaise nouvelle. Dis-le moi, Maika…

    - C’est votre famille… Ils ont tenté de renverser la reine Luka. Mais ils ont échoué.

    Alys retint son souffle. Ce n’était pas possible. Tout mais pas ça.

    - La reine Luka a fait pendre la famille royale d’Edior.

     

    Fin de la première partie.

     

    Mot de l’auteur :

    Et voilà la première partie terminée ! Je sais qu’il y a beaucoup de personnages à introduire, certains n’ont même pas encore pu montrer leur importance dans l’histoire…

    (-Miku : Est-ce qu’on a vraiment un rôle dans cette histoire ?
    - Rin : On commence à se le demander…
    - Len : Je croyais qu’on était tes personnages préférés ?

    XD J’adore faire parler les personnages de mes fictions comme ça, dans les mots de fin ou dans les commentaires. Pour ceux qui n’aiment pas, pardonnez-moi de le faire de temps en temps ! x) Bref.)

    Cette première partie était assez lourde à ce niveau-là, mais nécessaire. Il y a aussi tout un monde à apprendre : Edior, Miginnie, Katenze, Voline,… En plus d’un guide des personnages, je pense préparer un guide sur les lieux de l’histoire pour vous aider à vous y retrouver. Peut-être aussi un guide chronologique des événements important ?

    (- Luka : Oui, fais-le. Déjà rien que pour toi, ça t’évitera d’écrire des incohérences… Comme mon âge à mon arrivée à Miginnie par exemple…

    Haha, désolée pour ça, j’ai toujours eu du mal à calculer les âges ^^’)

    Bien qu’Alys soit le personnage principal de la fiction, j’ai eu à plusieurs reprises envie de la secouer… Pourtant, ses réactions et comportements sont cohérents par rapport à son vécu et à ses habitudes. Enfin, j’aime beaucoup voir son évolution, et maintenant qu’elle apprend à se battre (-Leora : Grâce à moi ! Attendez, est-ce que c’est la seule chose d’intéressant que j’ai fait dans cette première partie ? J’espère avoir un rôle plus important dans la deuxième ! ), j’espère que vous aussi vous pourrez apprécier ses changements !

    (- Alys : Sinon ça ne me dérange pas de laisser ma place à quelqu’un d’autre… Je peux plutôt aller dans une histoire où je souffrirais un peu moins ?!)

    Une partie est centrée sur Alys, l’autre, sur la recherche de l’héritier de Miginnie. Mais ces histoires sont très fortement liées (maintenant que Luka est à la tête d’Edior, royaume d’Alys, les deux femmes sont ennemies !). J’espère que cette partie de l’histoire sur Luka, Meiko, l’héritier, Yukari, Yuuma,… vous plait aussi ! Moi j’aime beaucoup écrire ces passages ! D’ailleurs j’aimais beaucoup Yukari, sa curiosité, sa passion pour les ragots, son envie de faire des choses importantes tout en ayant peur d’aller trop loin,...

    (- Yukari : Alors pourquoi?! :( )

    Genshine Kyuu et Roku ont eu plus d’importance dans cette première partie que prévu. Au début, je voulais qu’ils soient assez effacés, parce que ce sont des personnages que j’ai moi-mêmes créés et je ne voulais pas qu’on dise que je fais du favoritisme. Mais au final les passages avec eux s’écrivaient tout seul alors je me suis dit… Tant pis pour ceux que ça dérangent, moi j’aime bien écrire sur mes jumeaux x)

    ( - Kyuu : Je n’ai pas confiance, il nous arrive toujours des trucs mauvais dans ses histoires u_u

    - Roku : Je crois qu’elle aime faire souffrir les personnages qu’elle aime bien :/

    Ne les écoutez pas, je les traite très bien ! :p)

    Enfin voilà. J’espère que vous continuerez à suivre la deuxième partie pour revoir tous ces personnages continuer leur aventure !

    - Kaito : Attends, je ne suis pas encore intervenu ! Je suis un personnage important pourtant, il faut que je dise quelque chose…

    - Meiko : Moi aussi je veux dire un petit mot ! Je te vengerai Yukari ! >_<

    - Kyo : Au début je me disais super, je suis le prince charmant de l’histoire. Pourquoi je finis par passer par un satyre ? :/

    - Satou : Est-ce que quelqu’un se rappelle de moi ? :(

     


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  • A la fin des cours, Kyuu et Roku sortirent en même temps de l'école à présent que l'ainé n'était plus en retenue. Mais ils ne rentrèrent pas ensemble pour autant. En effet, Takeshi attendait patiemment à la sortie l'arrivée de son petit-ami et l'embrassa dès qu'il le vit. Kyuu grimaça à cette vision mais ne dit rien. Ce genre de scénario allait se répéter souvent à présent. Même si il ne pouvait s'empêcher de détester Takeshi et que sa jalousie était aussi forte que jamais, le fait que Roku se comporte à nouveau normalement avec lui l'aidait beaucoup à prendre sur lui. Néanmoins, il se demandait si cette douleur qui enserrait son cœur lorsqu’il voyait son frère s’éloigner main dans la main avec son petit ami s’atténuerait un jour. Peut-être que lui aussi finirait par trouver la personne qui l’aiderait à combler ce nouveau vide en lui ?
     
    - Kyuu m'a proposé de ne pas rentrer tout de suite pour nous laisser la maison, avoua Roku maintenant qu’ils étaient seuls.
    - C'est gentil de sa part. On y va alors ?
    - Non, j'ai refusé.
    - Pourquoi ? S'étonna Takeshi. On aurait pu continuer là où on s'était arrêté...
    - Justement. J'ai promis à Kyuu que j'attendrai un mois comme convenu, et que je ne ferai rien pour t’aider en attendant. C'est la règle !
    - Ca ne m'enchante pas... Mais bon, si ça peut lui prouver quelque chose, et que c'est ce que toi tu veux...
     
    Roku rit un peu devant son air déçu et Takeshi lui ébouriffa les cheveux en retour. En fait, le cadet riait souvent en ce moment. Pourquoi se tracasser que personne dans sa classe ne l'aimait alors qu'il avait un petit-ami parfait ? Comment aurait-il pu être malheureux alors que dès que le rendez-vous se finissait, il retournait aux côtés de son jumeau adoré ?

    ***

    Roku courait sous la pluie, un parapluie à la main. Il était déjà tard, mais la pharmacie devait sûrement encore être ouverte. Kyuu était enrhumé et ils n'avaient plus de médicaments, alors il était sorti en catastrophe malgré que son frère ne voyait pas ce qu'il y avait d'urgent. C'est vrai qu’il ne s’agissait que d’un petit rhume, mais Roku ne voulait prendre aucun risque. Sur le chemin du retour, son petit sac de médicaments en main, il crut apercevoir Takeshi au loin. Il allait le saluer lorsqu'il se rendit compte qu'il n'était pas seul. Il n'avait jamais vu ce jeune garçon blond qui l'accompagnait. Takeshi lui ouvrit la porte d'un restaurant et le garçon entra avec lui. Maintenant qu'il avait vu ça, Roku mourrait de curiosité de savoir qui était cet adolescent. Il avait l'air aussi jeune que lui mais Takeshi ne lui avait jamais parlé d'autres garçons de son âge. Il se mit à hésiter. Il ne voulait pas devenir le petit-ami possessif qui ne supportait pas de voir son compagnon passer du temps avec d’autres personnes. Surtout que de son côté Takeshi le laissait passer encore énormément de temps avec son jumeau. Oui, il n’avait pas de raison d’être mal à l’aise. Demain, il glisserait innocemment dans la conversation qu’il l’avait vu entrer dans ce restaurant et demanderait simplement qui était la personne qu’il accompagnait. Il reprit sa route avec cette idée en tête. Mais il s’arrêta à nouveau.

    Et si il n’osait poser la question de peur d’être trop envahissant ? Il détestait agacer Takeshi en se montrant trop curieux sur sa vie personnelle. Il avait bien compris qu’il valait mieux attendre que ce soit le plus âgé qui entame ce genre de conversation. C’était un point un peu négatif de son caractère et il l’acceptait, mais tout de même, cela l’embêtait de ressasser ses questions sans oser les poser. Une autre idée lui vint alors à l’esprit. Il pourrait juste les espionner un peu pour avoir le coeur net, sans devoir confronter Takeshi à ce sujet. Oui, il avait envie de faire ça, il était trop curieux. Refermant son parapluie, il entra à son tour dans le restaurant. Se prenant pour un vrai espion, il alla s’asseoir discrètement à la table derrière celle de Takeshi. Il était parfaitement dissimulé par une plante donc il ne voyait rien, mais il entendait tout.
     
    - Je sais que tu m'en veux de t'avoir laissé sans nouvelles. J'en suis désolé, ma femme commençait à se douter de quelque chose et j'ai pris peur.
    - Je m'en doutais un peu, répondit le jeune garçon. Mais pourquoi prendre contact avec moi maintenant ? Tu as sûrement dû trouver un remplaçant depuis ce temps. Le sexe avec moi te manque tant que ça ? Ton copain actuel ne te satisfait pas ?

    Roku pesta contre ce petit prétentieux. Mais en même temps, savoir que Takeshi avait un ex masculin le choquait. Etait-il sorti avec ce garçon entre l'annonce du divorce et sa rencontre avec lui ?
     
    - Disons qu'il se fait désirer, et j'en ai marre d'attendre.
    - Puis-je prendre votre commande ?
     
    Roku sursauta et regarda le serveur qu’il n’avait pas vu arriver, les mots de Takeshi résonnant encore dans sa tête.
     
    - Je... Je n'ai pas encore choisi.
     
    A côté, le rire du jeune garçon se fit entendre.
     
    - Prenez votre temps.
    - M-merci.
     
    Alors que le serveur s'éloignait, il se remit à écouter la conversation qui se déroulait à côté.
     
    - Tu lui as fait croire que vous alliez divorcer ? Pourquoi ne pas lui avoir simplement dit que seul le sexe t’intéressait vu que ta femme ne te satisfait plus ? Ca a marché avec moi.
    - Il est trop prude. Il n'aurait jamais accepté de coucher avec moi si je ne sortais pas avec lui. Et puis, c'était marrant au début de jouer la comédie. Mais cet imbécile préfère "attendre un mois". Déjà que j’ai été déçu que son jumeau n’était pas aussi naïf que lui, ça aurait été tellement intéressant… Allez, je sais que tu n'as pas de copain en ce moment. Ca doit te manquer aussi.
     
    - Quelque chose ne va pas ?
     
    Le serveur était revenu, l’observant curieusement. Roku secoua la tête, les larmes ruisselant sur ses joues sans qu'il ne sache quand elles avaient commencé à couler.
     
    - Je suis désolé, je ne me sens pas bien, je vais rentrer.
    - Pas de problème, Monsieur.
     
    Ne souhaitant pas en entendre plus, Roku se leva et quitta le restaurant. Même si il ne pleuvait presque plus, il gardait le parapluie ouvert pour cacher ses larmes. Il en avait assez entendu. Peu importe ce que Takeshi dirait pour sa défense, il essayait clairement de coucher avec quelqu'un d'autre. Il l'avait traité d'imbécile. Il ne comptait pas divorcer. Ce n'était qu'un menteur qui arrangeait tout avec de belles paroles. Dire qu'il l'avait embrassé, avait fait des choses gênantes pour cet enfoiré... Et surtout, qu’il l'avait aimé de tout son coeur. Il ne savait pas trop comment il s'était retrouvé dans les bras de son frère après ça, mais il pleura toutes les larmes de son corps contre lui.
     
    - Roku ! Mais dis-moi ce qu'il se passe !
    - Tu avais raison. Tu avais raison depuis le début, sanglota-t-il. Il se foutait de moi. Il cherchait juste un jeune idiot pour l'entrainer dans son lit, et comme je résistais, il cherchait déjà ailleurs !
    - Quoi ?
    - Et il est marié ! Il s'en fout de moi, il faisait semblant juste pour coucher avec moi… Il voulait même coucher avec nous deux au début si j’ai bien compris mais toi… Toi, tu n’étais pas naïf... Oh, Kyuu, j'ai été tellement stupide...
     
    Il sentit son frère lui arracher le parapluie qu'il tenait toujours et il le laissa l'emmener dans leur chambre, s'asseyant l'un près de l'autre. Kyuu ne disait rien, le laissant pleurer dans ses bras en caressant de temps en temps ses cheveux ou son dos. Les paroles du cadet étaient désordonnées, mais l'ainé avait compris le principal.
     
    - Je vais le tuer, finit-il par déclarer.
     
    Il laissa son petit frère continuer de pleurer contre lui, bouillonnant de rage. Il aurait dû écouter son instinct depuis le début. Si il avait trouvé les mots justes pour convaincre Roku de se méfier, il n’aurait pas autant souffert ! Roku était trop naïf, c’était à lui de le protéger. Sur le moment, il se promit que plus jamais il ne laisserait un autre homme approcher son jumeau. Il s’allongea dans le lit, gardant son frère dans ses bras, le réconfortant du mieux qu’il pouvait. Epuisé, le plus jeune finit enfin par s’endormir. Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, Roku fut surpris de ne pas sentir la présence de son jumeau. Il était pourtant sûr de s'être endormi près de lui, dans son lit, dans ses bras. Les yeux encore rougis, il descendit prendre son petit déjeuner, mais Kyuu n'était nulle part dans la maison. Seul un mot sur la porte du frigo annonçait son absence et lui demandait de l’attendre. A son inquiétude s'ajoutait la tristesse et la douleur d'avoir accordé sa confiance à la mauvaise personne. Comment avait-il pu croire une seule seconde que quelqu'un pouvait s'intéresser à lui ? Seul son jumeau tenait à lui. Et il se promit qu'à présent, il n'y aurait plus que lui qui compterait à ses yeux.
     
    Kyuu revint en fin de matinée et la première chose qu'il fit fut de serrer son frère dans ses bras.
     
    - Excuse-moi, j'avais quelque chose d'important à faire. Je ne te quitterai plus maintenant.
     
    Même si la douleur était toujours présente, Roku savait qu'elle finirait par s'atténuer aux côtés de son jumeau. Kyuu tint sa parole et ne s'éloignait pas de lui, prêt à répondre à la moindre de ses envies. Au soir, ils regardaient le journal télévisé, Roku blottit contre son frère qui les avait entourés d'une couverture confortable. Dans leur petit cocon, le cadet sursauta lorsqu'un nom familier atteignit ses oreilles.
     
    "- Le corps sans vie de Takeshi Sato a été retrouvé ce matin dans sa maison. Takeshi a succombé à 17 coups de couteaux, un assassinat particulièrement violent. Sa femme, Tsumi Hina, la principale suspecte a été arrêtée ..."
     
    - Kyuu... Où étais-tu parti ce matin ? Demanda Roku de manière neutre.
    - J'ai recherché sa femme pour tout lui dire.
    - C'est tout ?
    - Est-ce que c'est important ?
     
    Roku regardait la journaliste qui changeait déjà de sujet, parlant des inondations survenues suite aux récentes pluies. C'était fini, la page sur la mort de ce misérable homme était déjà tournée.
     
    - Non, aucune importance.

     

    FIN

     

    Note de l’auteur :

    Cette histoire n’est pas l’histoire « officielle » de Genshine Kyuu et Roku. C’est une histoire que j’ai écrit en me basant sur le caractère que je leur ai imaginé. Ou une explication possible du caractère qu’ils ont développés par après. Mais ça ne reste pas officiel et vous pouvez faire des créations sur Kyuu et Roku sans prendre en compte l’existence d’un certain Takeshi. Peut-être avez-vous vos propres idées de scénario sur ce qui a pu arriver aux jumeaux pour expliquer pourquoi ils sont si proches et ont si peu confiance aux autres.

    Vous remarquerez que dans cette histoire, il y a beaucoup d’incompréhensions entre Kyuu et Roku. Peut-être parce qu’ils sont jumeaux et se comprenaient bien avant, ils ont du mal à s’expliquer ce qu’ils ressentent réellement. J’imagine que suite à cette histoire, ils se parleront beaucoup plus pour se comprendre.

    Les sentiments de Kyuu envers Roku sont également très confus. J’ai fait exprès de sous-entendre des sentiments amoureux, mais cela peut aussi être interprété comme une possessivité extrême. Il n’apprécie pas et il ne veut pas voir son jumeau passer du temps avec quelqu’un d’autre. Il en souffre d’ailleurs beaucoup, et lui-même se rend compte que ce n’est pas normal. J’ai particulièrement aimé le développement de Kyuu dans cette histoire. Il veut protéger son frère, et en même temps il se rend compte qu’il veut aussi protéger ses propres intérêts et se montre égoïste, alors il ne sait plus si il a le droit d’intervenir. Il blesse son jumeau parce qu’il se sent aussi blessé d’être mis sur le côté. Puis il regrette. Et il prend sur lui en continuant de souffrir. Il n’y a que dans le dernier chapitre qu’il évoque la possibilité que lui aussi tombe un jour amoureux de quelqu’un d’autre. Mais cette éventualité n’a pas le temps d’être explorée, et on devine qu’à la fin, son jumeau reste la seule personne qui compte à ses yeux.

    Roku est décrit comme naïf, et vous remarquerez qu’il l’est particulièrement à certains moments. Il aurait dû oser poser certaines questions à Takeshi, sur l’avancement de son divorce par exemple. Certains détails vous paraissent incroyables, comme le fait qu’il n’avait même pas son numéro de téléphone. Pour moi, Roku avait peur de perdre une personne qu’il aimait et qui l’aimait en retour (chose dont il n’avait pas l’habitude et qu’il recherchait désespérément, on pourrait parler longuement de l’isolement et du harcèlement à l’école, de l’absence parentale,...), il s’accrochait au moindre espoir et essayait d’oublier et de fermer les yeux sur les détails moins plaisants. Il n’a pas beaucoup confiance en lui, il a peur d’ennuyer ou de contrarier Takeshi. Si vous relisez attentivement, vous remarquerez que dès le début, c’est Takeshi qui mène la relation et décide de tout, et Roku n’ose jamais le contredire. Au moment où Roku commence enfin à s’imposer (dernier chapitre, où il demande à Takeshi d’attendre un mois), Takeshi commence alors à chercher ailleurs.

    Takeshi a été pour moi le plus difficile à décrire. Je voulais laisser planer le doute autour de lui, mais en même temps je devais laisser des indices sur ce qui allait se passer. Il est déçu lorsque Kyuu ne veut pas lui parler au restaurant, agacé lorsqu’il doit parler à Roku de sa femme (mais Roku pense se tromper et l’interprète comme de la tristesse), il fait ce qu’il veut de Roku tout en devant paraître le petit-ami idéal et compréhensif qui l’aide à prendre son indépendance par rapport à son frère… Vous ne le voyiez qu’avec les yeux des jumeaux donc deux points de vue opposés qui devaient vous faire douter, Kyuu qui ne lui laissait aucune chance, et Roku qui au contraire l’idéalisait. J’espère avoir réussi ce défi.

    J’espère également que les retournement de situation, et la fin, vous ont surpris. Etrange non, que Takeshi meure alors que Kyuu venait de jurer de le tuer ? Sa femme a été arrêtée, il est possible que Kyuu lui ait réellement tout dit et qu’elle se soit vengée. Mais même Roku a un petit doute. J’espère que vous aussi :p Vous ne le saurez jamais, c’est sans importance après tout.

     


    2 commentaires
  • - C'est... C'est Roku... P-pourquoi...
    - Attends, ce n'est pas ce que tu crois. J'arrive tout de suite. Où es-tu ?
    - Devant le bureau...
    - Je vais prendre la voiture, je suis là dans cinq minutes. Ne bouge pas. S'il te plait, laisse-moi t'expliquer. D'accord ?
    - … Je reste ici.
    - Merci.
     
    Le plus jeune raccrocha et tendit le portable à l'homme qui le lui avait prêté. Les deux employés s'éloignèrent alors, parlant à voix basses et Roku se doutait qu'ils parlaient de lui. Mais il s'en foutait de ce qu'ils pouvaient penser. Une femme venait de prétendre être mariée avec son petit-ami. Et ce dernier ne niait pas, il voulait lui "expliquer". Roku s'assit sur le bord du trottoir, complètement chamboulé. Les pires scénarios se bousculaient dans sa tête mais il ne pouvait se résoudre à partir. Parce que malgré tout, Takeshi venait vers lui en ce moment, cela voulait dire qu'il tenait à lui et il se raccrocha à cette pensée. Son portable n'arrêtait pas de vibrer, Kyuu devant essayer de le joindre, mais il n'y faisait pas attention. Au bout d'un temps indéfinissable, une voiture s'arrêta à quelques pas de lui et il leva la tête. Takeshi coupa le moteur et pendant qu'il descendit de la voiture, Roku se releva.
     
    - Tu es marié, lâcha-t-il avant qu'il ne s'approche trop de lui.
     -Oui, avoua Takeshi sans détour.
     
    Roku ne comprenait pas comment Takeshi pouvait paraître aussi calme au vu de la situation. Blessé, il aurait voulu lui crier dessus sa douleur, peut-être même le frapper. Mais déstabilisé par son attitude aussi sereine que d’habitude et incapable de réfléchir, il se contenta de baisser la tête, retenant difficilement ses larmes.
     
    - Non, ne pleure pas, reprit le plus âgé de sa voix douce habituelle. C'est vrai que je suis marié, mais nous sommes en instance de divorce.
     
    Il prit le jeune garçon par les épaules et le força à le regarder. Roku eut du mal à ne pas baisser les yeux, pourtant, ce n’était pas lui qui devrait avoir quelque chose à se reprocher. Alors il tint bon et plongea son regard dans le sien. Il crut y déceler de l’agacement, mais en y faisant plus attention, il se rendit compte que cela se rapprochait plus de la tristesse. Le plus jeune, ne sachant plus que penser, ne le repoussa pas, écoutant ce qu’il avait à dire.
     
    - Tu te rappelles, de notre première rencontre ? Je t'avais dit que pour certaines raisons, je me retrouvais seul comme toi. C'était au divorce que je faisais allusion.

    Il allait divorcer ? Lentement, Roku prit conscience de ce que lui expliquait Takeshi. Il sentit une montée d’espoir le parcourir.

    -Vous… divorcez ? Mais alors, pourquoi êtes-vous toujours ensemble ?

    - C’est à cause de nos familles. Elles travaillent étroitement ensemble, ce divorce mettrait en difficulté plusieurs arrangements. Alors, ils font leur possible pour nous empêcher de divorcer et, pour que l’affaire ne s’ébruite pas, nous devons toujours vivre sous le même toit. Mais ne t’inquiète pas, nous sommes devenus des étrangers l’un pour l’autre et ce n’est qu’une question de temps avant que les dernières questions administratives soient résolues, avec l’accord de nos familles ou non. Je t’expliquerai tous les détails si tu veux, mais à un autre moment, ce qui compte maintenant est que tu comprennes qu’il n’y a plus rien entre cette femme et moi. C’est toi que j’aime, toi et toi seul.

    Ils divorcent, se répéta Roku. Takeshi n’aimait plus cette femme. C’était une erreur de parcours, comme cela pouvait arriver. Avait-il une raison de lui en vouloir pour une erreur du passé ? Non, sans doute pas. Mais il lui en voulait toujours de ne rien avoir dit à ce sujet.

    - Mais pourquoi m'avoir caché une chose pareille ?
    - C'est évident, non ? Je savais que ça te perturberait, je ne voulais pas t'inquiéter avec ça. Et puis, j'avais peur que le fait que je sois marié te fasse fuir, je ne voulais pas te perdre... Mais c'était idiot, tu risquais de t'en rendre compte à un moment où un autre, j'aurais dû te l'expliquer moi-même dès le début.
     
    Roku essuya les larmes qui perlaient, se laissant réconforter par ces paroles. Takeshi le serra dans ses bras.
     
    - S'il te plait, pardonne-moi.
    - Hm...
     
    Il se laissa emporter dans l'étreinte rassurante. Au fond, il se sentait heureux, car en croyant le perdre à cause de cette révélation, Takeshi avait montré plus que jamais à quel point il tenait à lui. Et maintenant, le plus âgé n'avait plus aucune raison de ne pas parler de son passé. Malgré qu’il se sentait blessé que Takeshi ne lui aie rien dit, il pouvait également comprendre qu’il ait hésité à lui en parler. Maintenant, il n’avait plus aucune raison de lui cacher son passé. Roku avait tant de questions à lui poser, mais pour l’instant, il se contentait de profiter des bras rassurants qu’il avait cru perdre.
     
    - Mais pourquoi avoir essayé de me joindre ? Finit par demander Takeshi.
    - Je suis parti.
     
    Alors qu'il avait finalement réussi à s'en débarrasser, les larmes lui revinrent aux yeux en pensant à son frère.
     
    - J'ai craqué et j'ai laissé Kyuu tout seul.
     
    Takeshi soupira longuement.
     
    - Monte dans la voiture.
     
    Roku obéit alors même que son portable se remit à vibrer. Tandis que Takeshi démarrait, il l'ouvrit, curieux. En plus de plusieurs appels manqués, Kyuu lui avait envoyé de nombreux messages. Il n'arrêtait pas de lui demander de revenir, de le supplier de ne pas faire de bêtise et - son coeur fit un bond dans sa poitrine en le lisant - s'excusait finalement. Lorsqu'il releva la tête, il reconnut sa propre rue.
     
    - Pourquoi... ?
    - Je pense qu'il est temps de régler cette histoire une fois pour toute.
     
    Il se gara à l'entrée et, sans attendre Roku, sortit de la voiture et se dirigea vers la maison des jumeaux. Le plus jeune sortit également en vitesse du véhicule, le rattrapant alors que Kyuu ouvrait la porte. Ce dernier n'eut même pas le temps de réagir que Takeshi le repoussa à l'intérieur.
     
    - Tu n'en as pas marre de faire ça ? Demanda-t-il sèchement à l'ainé des jumeaux.
    - Faire quoi ? Demanda ce dernier, essayant de paraître ferme alors qu'il était surtout troublé par sa présence inattendue et le retour de son petit frère.
    - Blesser Roku ! Encore combien de temps tu comptes le faire souffrir avant d'accepter le fait qu'il sorte avec moi ?!
    - Vous parlez sans savoir ! Je me suis déjà excusé par message. J'ai...

    Il regarda Roku pendant un instant et ce dernier sentit son coeur se serrer.

    - J'ai été aveuglé par la jalousie. Je ne voyais que vos mauvais côtés pour me convaincre que Roku était mieux avec moi. Mais c'est vous qu'il a choisi. Même si je ne pourrai jamais vous accepter, j'ai été trop maladroit avec Roku et au lieu de le raisonner, je lui ai donné des raisons de me détester. Je m'en veux tellement, je voudrais effacer tout ça...

    Takeshi ne savait visiblement pas comment il devait prendre ses paroles, mais c'était largement suffisant pour Roku qui se jeta dans ses bras.

    - Tu vas me laisser sortir avec lui alors ?
    - Oui.
    - Et tout redeviendra comme avant entre nous ?
    - Si... Si tu veux bien me pardonner.
    - Evidemment !

    Kyuu semblait sur le point de pleurer. Extrêmement soulagé, il vida une partie de ce qui lui pesait sur le cœur.

    - Je suis tellement désolé, reprit-il. De t’avoir nié. De t’avoir crié dessus. J’ai été tellement stupide. Je détestais ça tu sais, te laisser seul comme ça… Ce n’était pas du tout ce que je voulais. Je m’en veux tellement.

    - Je sais, Kyuu. Ne t’inquiète pas.

    A défaut de comprendre toutes ses réactions, Roku savait que son frère avait détesté cette situation autant que lui. Il savait qu’il s’en voulait réellement. Alors, le plus jeune ne pouvait lui en vouloir. Il était juste heureux que les choses allaient redevenir comme avant entre eux. Ils restèrent un bon moment dans les bras l'un de l'autre, profitant de la réconciliation de leur plus longue dispute à ce jour. C'est Takeshi qui finit par toussoter pour rappeler sa présence.

    - Je suis heureux pour toi, Roku. Je vais vous laisser entre frères maintenant.
    - D'accord, merci pour tout.
    - O-ouais, merci d'avoir ramené mon frère, lâcha Kyuu à la stupéfaction de tous.

    Il arracha un sourire à Takeshi qui finit par sortir de la maison. Kyuu gardait son petit frère contre lui, rassuré de pouvoir encore sentir sa présence, lui qui avait craint le perdre à jamais.

    - Quand tu es parti ce soir, j'ai eu tellement peur de te perdre. Je me suis rendu compte que je préférais encore souffrir près de toi que de ne plus jamais te voir.

    Roku le serra plus fort, s’en voulant que son frère en soit venu à avoir de telles pensées.

    - Je ne veux pas que tu souffres… C’est parce que tu crois que moi, je pourrais vivre sans toi ?
    - C'est l'impression que j'ai.

    Le cadet regretta de ne pas avoir réussi à rassurer son jumeau dès le début. Si il avait réussi à faire comprendre à son frère son envie d’élargir leur cercle de connaissance, et qu’il pouvait sortir avec quelqu’un sans que ça changeait quoique ce soit à leur relation fraternelle, cette dispute n’aurait jamais eu lieu… Takeshi disait d’attendre que Kyuu se remette en question et comprenne que ce changement était nécessaire. Mais ce n’était pas vrai. Il aurait dû lui expliquer clairement ce qu’il voulait. Parfois, on ne peut pas se faire comprendre si on n’explique pas ce que l’on ressent. Kyuu n’avait pas remarqué que la solitude lui pesait, tout comme lui n’avait pas compris sa peur qu’il le délaisse pour Takeshi. Ils avaient encore beaucoup de choses à se dire. Mais le plus urgent pour l’instant pour Roku était de corriger son frère.

    - C'est une fausse impression. Je savais que je pouvais sortir avec Takeshi sans que ça ne change quoique ce soit entre nous, c'est pour ça que je n'ai pas voulu céder. Mais si j'avais réellement dû choisir un de vous deux, je te choisirais sans hésitation, je ne peux pas vivre sans toi. Après tout, on est comme les moitiés l’un de l’autre, non ?
     
    Kyuu retint un sanglot. Il aurait voulut lui dire à quel point il l’aimait, à quel point il souffrait malgré ses paroles rassurantes de le voir aimer un autre, mais ce n’était pas normal, et il ne pouvait plus prendre le risque de le perdre. Alors, il lui sourit et à ce moment précis, Roku savait que tout était arrangé. Il était inutile qu’il lui parle du précédent mariage de Takeshi maintenant, cela l’inquiéterait pour rien. Tout allait être plus facile à présent, et rien ne pourrait gâcher son bonheur.

    Chapitre 7 >>


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  • Le lendemain, lorsque Roku annonça à Takeshi qu'il pouvait encore venir chez lui si il le voulait vu l'absence prolongée de ses parents, il sembla heureux qu'il lui propose de lui-même et accepta avec plaisir.

    - Pas de changement pour Kyuu ? Demanda-t-il en chemin.
    - Non, avoua Roku en essayant de ne rien laisser paraître. J'ai trouvé un couloir désert pour le temps du midi, comme ça on ne me voit pas manger seul.
    - Tu sais que tu pourrais aussi en profiter pour te rapprocher d'autres personnes... Tu es peut-être timide, mais tu es vraiment gentil. Ton plus gros problème, c'est ton frère, sans lui tu t'intégrerais facilement.
    - Je ne considère pas Kyuu comme un problème ! S'offusqua-t-il, ne voulant surtout pas que son jumeau pense une chose pareille.
    - Tu dis ça juste pour ne pas le blesser. Mais bon, n'en parlons plus.

    Ils étaient arrivés devant la maison et Roku se força d'oublier cette conversation pour ne pas paraître agacé. Kyuu pouvait avoir le pire comportement du monde, il n'appréciait toujours pas qu'on le critique. Et pourtant, il était incapable de défendre le comportement actuel de son frère. Il espérait que son jumeau se remette vite en question, pour que Takeshi ait une meilleure image de lui au plus vite.

    - Tu me montres ta chambre ? Demanda Takeshi, curieux, avant qu'ils n'aillent dans le salon.
    - Euh... Ok...

    Un peu gêné, le plus jeune l’entraîna dans sa chambre. Takeshi ne fit pas de remarque mais demanda lequel était son lit, pour ensuite s'y asseoir et faire signe à Roku de l'y rejoindre. C'est ce qu'il fit, et le plus âgé commença alors à l'embrasser. Mais Roku se rendit directement compte que ce n'était pas comme d'habitude. Lorsque Takeshi l'allongea sur le lit, il eut un mouvement de recul.

    - Tu as peur ? Demanda-t-il.
    - P-pourquoi tu demandes ça ? Balbutia Roku, inquiet de se douter où il voulait en venir.

    Takeshi rit un peu mais ne se redressa pas.

    - Je crois que tu le sais très bien. C'est normal d'avoir peur la première fois, mais tu as confiance en moi non ?
    - Il... Il faut au moins attendre un mois ! Lâcha Roku, se souvenant des paroles de son frère.
    - Pourquoi ? S'étonna à son tour Takeshi.

    Mort de gêne, et sans doute aussi rouge qu'une tomate, Roku secoua la tête. Si il disait que c'était pour convaincre Kyuu, il lui dirait encore qu'il se faisait manipuler.

    - Tu sais, j'attendrai que tu sois prêt, finit par reprendre Takeshi. Mais tu n'auras pas moins peur même si tu attendais plusieurs mois, tu ne fais que stresser davantage. Et puis...

    Il attrapa la main du plus jeune et la conduisit jusqu'à son entre-jambe. Encore plus gêné si c'était possible, Roku récupéra sa main.

    - J'ai vraiment envie de toi, alors ne me fais pas attendre trop longtemps.
    - Je suis désolé...

    Finalement, Takeshi se redressa. Malgré qu'il était soulagé de savoir qu'il était prêt à attendre, Roku culpabilisait un peu de sans doute le décevoir. C'était normal, il avait 30 ans, ça devait être quelque chose de naturel pour lui, il aurait dû y penser.

    - Est-ce que... Tu as eu beaucoup de conquêtes avant moi ? Demanda-t-il alors.
    - Ce n'est pas important, Roku. Je n'ai pas envie d'en parler.

    Roku s'était déjà demandé si il sortait tout juste d'une rupture difficile, mais il ne semblait toujours pas vouloir lui dévoiler plus sur son passé. Ne voulant pas l'embêter, il n'insistait jamais. Il chercha donc un autre sujet de conversation, jetant sans pouvoir s'en empêcher un coup d'oeil vers l'entre-jambe de son petit-ami.

    - Tu hésites quand même ? Demanda-t-il avec un petit sourire. Si tu veux y aller doucement, il existe d'autres moyens, plus faciles, pour me soulager.
    - Je... Je ne sais pas si je...
    - Je t'apprendrai.

    ...

    ***


    Encore un peu sous le choc de ce qu'il venait de faire, Roku attendait dans le divan le retour de Kyuu. Ce qui arriva encore plus vite qu'il ne le pensait. Son grand frère se posta directement devant lui, déjà en colère, et il se leva pour lui faire face.
     
    - J'ai vu Takeshi sortir de chez nous. Tu l'as laissé entrer ici ?!
    - Oui. Déjà hier, avoua-t-il.
    - T'es idiot ou quoi ?! Il aurait pu te faire n'importe quoi !
    - Justement... On a parlé de... tu sais quoi. Et il est d'accord pour attendre.
    - Vraiment ?

    Kyuu l'observa quelques instants et il attendit, anxieux. Il préféra ne pas raconter qu'ils n'avaient pas rien fait non plus.

    - Tu peux me redire ça en me regardant dans les yeux ?

    Roku ne put s'empêcher de déglutir. Il n'arriverait pas à cacher son trouble, surtout pas à lui. Kyuu lisait en lui comme dans un livre ouvert.

    - Il a dit qu'il voulait bien attendre, répéta-t-il rapidement en fixant un point entre ses yeux.
    - Vous n'avez rien fait ?
    - Rien, répondit-il d'une voix qui ne lui semblait pas assez assurée.

    Kyuu s'avança du pas qui les séparait et l'attrapa par les épaules.

    - T'es un très mauvais menteur ! Qu'est-ce que vous avez fait ?!
    - J-je l'ai juste... aidé...
    - COMMENT CA, TU L'AS AIDE ?!
    - I-il a dit qu'il était près à attendre, je pouvais au moins faire ça pour le remercier !
    - Ouais mais si tu le soulages quand même en attendant, ça ne compte pas ! T'es vraiment idiot ! Je... Je ne le laisserai plus jamais te toucher !

    Il était tellement énervé qu'il paraissait fou. Roku savait qu'il ne disait pas ces paroles à la légère et qu'il allait réellement empêcher Takeshi de l'approcher.

    - Tu n’as pas le droit de te mettre entre nous !

    - Si, j’ai le droit ! Je fais ça pour te protéger, tu…

    - Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas pour moi que tu fais ça, c’est parce que toi tu as peur de te retrouver seul !
     
    Roku se dégagea de son emprise et se dirigea vers la porte. Il était déjà à bout de nerf que son frère le niait ainsi, et maintenant qu’il s’énervait contre lui dans un moment où il aurait particulièrement besoin de son soutien, il se sentait profondément blessé.
     
    - J'en ai assez ! Cria-t-il. Ne viens plus me voir tant que tu ne te seras pas remis en question !
     
    Il sortit et claqua la porte derrière lui. Son frère était tellement possessif avec lui que ça en devenait malsain, lui-même s'en rendait compte, et si la seule façon de le gifler mentalement était de partir, il était prêt à le faire.
     
    - Roku ! Attends ! S'il te plait, reviens !
     
    L'ainé avait rouvert la porte mais ne se lança pas à sa poursuite. Roku continuait sa marche sans se retourner. Il aurait dû faire ça beaucoup plus tôt, prendre le dessus sur la situation. Il sentait déjà que Kyuu était prêt à abandonner.
     
    - Tu l'aimes à ce point plus que moi ?
     
    Roku accéléra le pas, puis se mit à courir. Si seulement Kyuu n'était pas aussi jaloux, tout aurait été bien plus facile. Sortir avec quelqu'un n'était pas censé l'éloigner de lui, c'était à cause de lui que ça se passait comme ça ! Il ne ralentit que beaucoup plus loin et réfléchit à la situation, haletant. Il ne pouvait plus faire marche arrière. Il voulait voir Takeshi, mais il ne connaissait pas son adresse. Il n'avait même pas son numéro de téléphone. Mais il savait où il travaillait. Peut-être restait-il encore quelques employés qui pourraient le renseigner ? Avec cette idée en tête, il alla prendre le métro, ayant heureusement un peu d'argent sur lui.

    Kyuu regrettait déjà de ne pas l’avoir poursuivi. Mais il n’avait pas osé. Il essaya de se convaincre que Roku se trompait, que ce n’était pas par égoïsme qu’il agissait comme ça mais bien pour le protéger, mais il n’en était plus aussi convaincu. C'était vrai, il avait peur de voir son jumeau s'éloigner. Il ne voulait pas se retrouver seul, il préférait que Roku ne reste qu'à lui. Il se sentait tellement blessé qu'il en était venu à nier son frère, espérant qu'il ressente la même douleur que lui et revienne auprès de lui. Il attrapa sa tête dans ses mains, perdu. Qu’avait-il fait ? Au lieu de récupérer son petit frère, il l’avait fait fuir. Il était conscient que son chantage était enfantin, mais il avait cru… Il avait cru que Roku tenait tellement à lui qu’il aurait laissé tomber cet inconnu pour lui. Mais il aimait cet homme, au point de lui tenir tête, lui qui d’habitude l’écoutait sans se poser de questions. Lui qui était si timide avait même fait quelque chose de gênant pour soulager l’homme qu’il aimait. Roku prenait son indépendance… et il détestait ça. Avec horreur, il se rendit compte que ce n’était sans doute pas normal, qu’il aurait dû au contraire l’encourager.

    - Mais cet homme est dangereux, murmura-t-il pour essayer de se convaincre.

    Et si il ne l’était pas ? Avait-il le droit d’empêcher Roku de s’épanouir uniquement parce que lui avait peur ?

    ***

    Au moment où Roku arrivait devant les bureaux de l'entreprise, deux hommes sortaient de la porte principale et il se jeta sur eux.
     
    - Excusez-moi, connaissez-vous un Takeshi qui travaille ici ?
    - Oui, mais il est rentré depuis longtemps, répondit un des deux.
    - J'ai besoin de le contacter.
     
    Les deux hommes s'échangèrent un regard.
     
    - Je ne peux pas te donner son numéro comme ça, mais je peux l'appeler pour toi, déclara le premier homme.
    - Ce sera suffisant ! Merci beaucoup !
     
    L'homme chercha dans son répertoire, appela le numéro et lui tendit le portable. Roku attendit, impatient, mais c'est une voix de femme qui lui répondit.
     
    - Allo ?
    - Euh, est-ce que Takeshi-san habite ici ?
    - Oui, c'est sa femme à l'appareil.
     
    Roku serra le téléphone, se demandant si il s'agissait d'une erreur. Peut-être qu'un autre Takeshi travaillait ici ? Car ça ne pouvait pas être vrai, il n'était pas marié... Les deux hommes attendaient près de lui et il leur tourna le dos pour ne pas montrer son trouble.
     
    - Allo ? Que lui voulez-vous ? Insista la voix féminine.
    - Donne. Allo ? Qui est-ce ?
     
    Cette fois, c'était bel et bien la voix de Takeshi et sa gorge se serra. Ce n'était pas une erreur.

    Chapitre 6 >>


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