• Chapitre 4

    Un marché se tenait sur la place du centre d’un petit village semblable à tant d’autres. Parmi les acheteurs et les promeneurs, Yukari passait pour une jeune fille tout à fait ordinaire. Mais au fond d’elle, elle se sentait telle une espionne en mission spéciale, vérifiant à plusieurs reprises qu’elle n’était pas suivie. Mais qui suivrait une servante qui avait simplement demandé une autorisation de quitter le château pour rendre visite à une vieille tante malade ? Il n’y avait là rien de bien inhabituel. Cependant, en réalité, le but de la jeune fille était tout autre. Si ses recherches d’un troisième enfant né dans la même période que l’héritier légitime du royaume avaient pour l’instant été vaines, Meiko lui avait donné par inadvertance une piste qui pourrait l’aider à obtenir plus d’informations. Elle lui avait en effet appris l’existence de la sœur de Mizki, Inda. Depuis, Yukari n’avait cessé de l’implorer de lui donner son adresse, ce qu’elle avait fini par accepter, non sans lui faire remarquer qu’elle perdrait probablement son temps. Mais Yukari était têtue, et même si rien ne lui garantissait que la sœur de Mizki l’aiderait, elle était persuadée qu’elle devait savoir où se trouvait sa frangine, et les enfants qu’elle avait emmenés il y a de cela des années.

    Elle empruntait à présent une ruelle peu fréquentée, mais agréable. Les fenêtres étaient fleuries et il y régnait un calme apaisant, même si l’on entendait encore au loin les bruits du marché. Une vieille femme au dos courbé la salua d’un signe de tête lorsqu’elle passa près d’elle, puis elle ne croisa plus personne. Malgré les indications de Meiko, elle prit du temps à repérer la maison d’Inda. Elle était semblable aux autres, petite, étroite et modeste, mais elle était bien entretenue. Yukari respira profondément et toqua à la porte. Après quelques secondes de silence complet, celle-ci s’entrouvrit légèrement.

    - Qui êtes-vous ? Demanda une voix féminine.

    - Je m’appelle Yukari, et je suis servante au service de la reine Luka. Je…

    - Fichez-le camp ! Ordonna la voix, et la porte se referma aussitôt.

    Yukari regretta d’avoir évoqué son appartenance au château, et elle tenta tant bien que mal de rattraper cette maladresse.

    - Je suis une amie de Meiko ! C’est elle qui m’a envoyée ici.

    La porte se rouvrit doucement, juste assez pour laisser la jeune servante rentrer. Celle-ci ne se fit pas prier et entra dans la maison. La femme qui l’avait laissée entrer était grande, d’un âge incertain, ses cheveux noirs tirant vers le gris, et elle scrutait la jeune fille d’un regard soupçonneux.

    - Pourquoi Meiko m’envoie une servante de la reine ?

    - Je viens au sujet… de votre sœur, et des enfants.

    Yukari espéra naïvement qu’Inda lui révèle tout en apprenant qu’elle connaissait l’existence des enfants au pluriel, mais la femme fronça les sourcils.

    - Comme je l’ai répété à tous les gardes envoyés par le château, j’ignore où ma sœur s’est enfuie. Si tu es venue uniquement pour ça, tu peux repartir.

    Elle boitait lorsqu’elle se mit à marcher, et elle s’assit à table en poussant un soupir de soulagement, comme si rester debout lui était douloureux. Yukari lui fit face. C’était le moment. Elle s’était interrogée durant tout le trajet sur la manière d’aborder le sujet, car elle se doutait qu’Inda ne révèlerait rien si facilement, et elle pensait avoir trouvé les mots justes. Elle prit son air le plus sérieux, essayant d’avoir l’air d’en savoir plus qu’elle ne savait réellement.

    - Je suis au courant de tout. Si je suis ici aujourd’hui, c’est parce qu’un danger plane sur l’héritier. La reine Luka est sur le point de le trouver, c’est Yuuma qui l’a repéré.

    Inda soutenait son regard. Elle semblait hésiter, et Yukari croisait les doigts. Peu de personnes devaient être au courant qu’un certain Yuuma recherchait secrètement l’héritier sur ordre de la reine, elle avait donc pris le risque de dévoiler une partie de la lettre pour prouver sa soi-disant implication dans l’affaire.

    - J’ignore de quoi vous parlez, répondit finalement la sœur. On m’avait dit que Mizki s’était enfuie avec son fils, et c’est tout ce que je sais.

    Cependant, pendant qu’elle parlait, Yukari la vit prendre une feuille vierge et une plume, et elle commença à écrire rapidement.

    « J’ignore qui tu es pour être dans la confidence. Mais si tu es une amie de Meiko, je prends le risque de te demander de l’aide. Si tu nous trahis, tu mourras. »

    - Pourquoi parles-tu d’un héritier ? L’héritier est mort, tout le monde le sait.

    « Mizki ne donne plus aucun signe de vie. Dans mon état, je suis incapable de rejoindre l’héritier pour la suite du plan.  »

    - Des gardes sont déjà venus chez moi après la fuite de Mizki, et j’ai prouvé mon innocence à chaque fois. Quand pourrais-je profiter pleinement de la vie sans payer le prix des erreurs de ma sœur ?

    « Mizki a déposé les enfants à l’orphelinat des Iris, à Surinz. Il a déjà dû récupérer l’héritier, mais l’autre enfant doit encore s’y trouver. Interroge-le, retrouve l’héritier et préviens-le avant que la reine ne le trouve, dis-lui qu’il doit agir vite. »

    -  Si tu n’as rien de mieux à faire, je te demanderai de quitter les lieux.

    Elle se leva et boitilla jusqu’à la cheminée. Bien vite, le morceau de papier fut réduit en cendre.

    - Je suis désolée de vous avoir importunée, dit simplement Yukari. Je ne m’attarderai pas d’avantage. Au revoir.

    Inda ne lui répondit pas. Yukari sortit de la maison en silence et referma la porte derrière elle. Elle reprit aussitôt son chemin, gravant dans sa mémoire ce qu’elle venait de lire. Elle avait raison, l’héritier était vivant. Malgré ses recherches intensives pour le prouver, la vérité la bouleversa. Ce n’était plus un jeu à présent. Elle était affublée d’une réelle mission. Elle devait prévenir l’héritier que… Que quoi ? Qu’il devait agir vite, mais pour quoi faire ? Quelle était la suite du plan ? Qui était ce « il » qui avait récupéré l’héritier ? Et aider l’hériter, n’était-ce pas trahir la reine qu’elle aimait tant ?

    Rentre au château, dit une voix au fond d’elle.

    Mais c’est l’héritier légitime, dit une autre, plus têtue. C’est ton devoir de le servir.

    Elle voulait continuer, mais n'allait-elle pas trop loin ? Inda l'avait menacée de mort si elle les trahissait... Yukari se retrouva à nouveau sur la place du marché. Elle pouvait traverser la place et prendre la direction du château, oublier cette histoire et reprendre le cours normal de sa vie. Ou elle pouvait tourner à droite et chercher un véhicule pour Surinz pour continuer de chercher la vérité. Après tout ce qu’elle avait fait pour trouver l’héritier, que lui coûterait un voyage en plus jusqu’à un orphelinat ? Elle pouvait au pire simplement prévenir l’autre enfant à l’orphelinat qu’Inda ne pouvait plus se déplacer, pour n’avoir aucun remord, puis elle improviserait sur place. Cette dernière pensée l’encouragea, et elle emprunta la rue à sa droite, scellant sans le savoir son destin.

    ***

    Alys dormit très mal. Malgré la fatigue, il lui suffisait de laisser le sommeil l’envahir pour que d’horribles cauchemars l’assaillissent. Parfois, elle rêvait de Satou, ou de ses servantes, qu’elle ne pouvait sauver. Mais parfois, c’était elle qui devait échapper à la mort alors qu’elle se trouvait en plein champ de bataille. Elle voyait du sang, des morts, aussi bien ennemis qu’alliés. A plusieurs reprises, elle se réveilla en sursaut, en larmes, et il lui fallait plusieurs minutes pour se calmer. Kyuu, l’ainé des jumeaux qui l’avaient capturée, ne semblait guère s’en soucier et dormait à poings fermés, pendant que Roku veillait. Ce dernier détournait toujours le regard lorsqu’Alys croisait le sien quand elle se réveillait. Elle aurait préféré que personne ne la voie dans cet état. Elle cherchait encore à se rendormir lorsque Roku réveilla son frère pour qu’il prenne son tour de garde. Kyuu grommela mais finit par se redresser, encore dans les vapes. Le plus jeune se dirigea alors vers Alys, qui se crispa. Il n’allait quand même pas dormir avec elle ? Elle le repousserait sans hésitation, il était hors de question qu’elle partage ses couvertures avec un de ses ravisseurs. Mais il se coucha à une distance raisonnable d’elle, et alors qu’elle se détendait, elle se rendit compte qu’elle était déçue. Au château, lorsqu’elle faisait des cauchemars, elle pouvait toujours appeler une servante, souvent Satou, qui partageait alors son lit avec elle pour la calmer. En ce moment plus que jamais, elle avait besoin de réconfort. Si elle se méfait de Kyuu, elle ne doutait pas de la nature pacifique du cadet. Elle s’approcha elle-même encore un peu de Roku, malgré le regard désapprobateur de son frère. Sentir une présence auprès d’elle la rassura, et cette fois, elle s’endormit pour du bon.

    Lorsque Alys se réveilla, il faisait déjà jour depuis un moment. Roku dormait toujours paisiblement à ses côtés, et un peu plus loin, Kyuu dormait adossé contre un arbre. Il s’était endormi pendant son tour de garde. Ce qui voulait dire que personne ne les aurait prévenu en cas d’approche d’un ennemi, ils auraient pu tous se faire tuer dans leur sommeil. Elle-même, leur prisonnière, pouvait s’enfuir sans qu’ils ne puissent faire quoique ce soit.

    Des gosses, vraiment.

    Peut-être parce qu’il faisait jour, elle se sentait plus courageuse que la veille. Elle se leva en silence et rejoignit l’un des chevaux attachés, lui caressant doucement le flanc pour ne pas l’effrayer. Oui, elle pouvait partir. Le ciel était dégagé, elle pourrait se servir de la position du soleil pour se guider. Tout ce qu’elle avait à faire, c’était de se diriger vers le nord-est, elle finirait forcément par tomber sur un village en se rapprochant du centre du royaume. Il y avait toujours un risque qu’elle croise des ennemis, mais ce risque était le même en restant avec les deux frères. L’idée de prendre une des armes des jumeaux pour se défendre lui vint alors à l’esprit. Elle retourna sur ses pas et s’approcha de Roku, qui dormait toujours. Elle saisit la poignée de la dague qu’il portait à la ceinture et tira doucement, doucement. Elle guettait tellement qu’il ne se réveille pas qu’elle ne remarqua pas le danger arriver par derrière. Elle fut plaquée si violement au sol qu’elle en eut le souffle coupé.

    - Qu’est-ce que tu comptais faire à mon frère ?!

    Kyuu l’écrasait, menaçant la gorge de la princesse avec sa propre dague.

    - Kyuu ! Intervint le cadet, à présent éveillé aussi, en se levant et en attrapant son frère par le bras. Ne lui fais pas mal ! C’est la princesse !

    - Elle allait te tuer ! Remarqua l’ainé.

    - N-non ! Se défendit Alys, un peu effrayée par la lame trop près d’elle. Je voulais juste prendre son arme !

    Après quelques secondes pendant lesquelles Roku continuait d’essayer de le retenir, Kyuu se retira de lui-même, et lança un regard désapprobateur à son frère.

    - Pourquoi tu t’es couché près d’elle ? Tu vois, elle est dangereuse !

    Face à l’air déconfit du cadet, la princesse ne put s’empêcher d’intervenir.

    - Ne rejette pas la faute sur lui ! Ca ne serait pas arrivé si tu ne t’étais pas endormi pendant ton tour de garde !

    Un silence suivit son intervention, pendant lequel les jumeaux la regardaient, surpris. Kyuu n'aurait pas fait une tête différente si elle l'avait giflé. Visiblement, il n'appréciait pas de se faire réprimander par elle.

    Maintenant, c’est sûr, il me déteste.

    Kyuu lui lança des regards noirs tout le reste de la matinée. Roku semblait l’avoir crue lorsqu’elle avait expliqué avoir voulu prendre l’arme uniquement pour s’enfuir, qu’elle ne leur aurait fait aucun mal, mais Kyuu restait persuadé qu’elle avait tenté de les tuer dans leur sommeil. Mais il ne pouvait insister sans ressasser sa propre faute lors de son tour du garde, du coup, il maugréait intérieurement. Ils déjeunèrent dans une ambiance morose, et reprirent la route dans un silence glacial. Alys aurait souhaité partager le cheval du cadet, mais la méfiance de l’ainé l’avait forcé à la tenir près de lui malgré sa mauvaise humeur. Au moins, il ne l’avait pas attachée comme il avait menacé de le faire. Ils avancèrent d’un bon rythme, les jumeaux changeant parfois brusquement de trajectoire pour échapper à d’éventuels poursuivants. Les survivants de sa garde devaient être à sa recherche, tout comme d’autres brigands. Tout ce qu’elle espérait à présent, était que Takahashi la retrouve au plus vite. Le soleil était haut dans le ciel lorsqu’une ombre attira l’attention de la Princesse. Elle leva les yeux et vit un faucon faire de larges tours au-dessus d’eux. Elle observa un instant la majestueuse créature lorsque tout à coup, celle-ci fendit en piquée sur eux. Alys laissa échapper un petit cri et se protégea le visage avec ses bras. Elle sentit les ailes la frôler, mais l’oiseau semblait s’intéresser à autre chose.

    - Attends ! Râlait Kyuu, comme à son habitude. Eloigne-toi !

    Le faucon essayait de se poser sur le sac qui pendait à sa monture. Kyuu plongea sa main dedans, en retira un morceau de viande, et le lança en hauteur. Le faucon l’attrapa en plein vol et se posa sur une branche pour l’avaler tranquillement.

    - Sale bête, maugréait Kyuu tandis qu’il attachait une lanière de cuir à son bras. Maintenant, tu peux venir. Allez, viens !

    Cette fois, le faucon se posa en douceur sur son bras, non sans pousser un cri perçant dans ses oreilles.

    - Il est à vous ? Demanda Alys, impressionnée par la grâce de l’oiseau.

    C’était la première fois qu’elle voyait un rapace de si près.

    - Non, c’est celui de Kaito, répondit Roku. Il l’a très bien dressé, vous verrez. C’est un oiseau très intelligent.

    - Il a une cervelle de moineau tu veux dire, répliqua Kyuu. En plus, il est aussi têtu qu’une mule.

    A ces mots, Le faucon lui pinça violemment le doigt, lui arrachant un cri. Alys se surprit à sourire. Depuis combien de temps n’avait-elle plus souri ? Cela semblait une éternité, et pourtant…

    -  Il a un message, remarqua Roku.

    Kyuu détacha le rouleau qui était attaché à la patte de l’oiseau. Il le déplia et commença à lire, fronçant les sourcils. Mais rapidement, il tendit le message à son frère.

    - Qu’est-ce qu’il dit ? Demanda-t-il sur le ton de la conversation.

    - Tu ne sais pas lire ? S’étonna aussitôt Alys.

    - Bien sûr que si. C’est juste que, Roku lit plus rapidement.

    Elle ne savait si elle devait le croire ou non, mais de toute façon, elle ne comptait pas insister. Le cadet lit le message, puis les informa de son contenu.

    - Kaito vient à notre rencontre. Il est au courant qu’on est seul, et il nous demande d’être prudents le temps qu’il arrive.

    - Il pense encore qu’on est incapable de se débrouiller seuls ? Répliqua Kyuu, et Alys préféra ne pas faire de remarque. Il va en faire une de ces têtes quand il verra qu’on a capturé la Princesse.

    Tu as assommé une fille en pleurs qui avait le dos tourné, alors qu’il n’y avait personne aux alentours, aurait pu dire Alys. Qu’y a-t-il de glorieux à ça ?

    -  Amène Kaito jusqu’à nous dans ce cas, demanda Roku au faucon.

    Ce dernier cria encore sur Kyuu pour qu’il lui donne un nouveau morceau de viande, puis il reprit son envol.

    -  J’ai faim aussi, arrêtons-nous, proposa Kyuu.

    Pour le plus grand bonheur de la princesse, il osa la laisser seule avec Roku. Pendant que le plus jeune devait réchauffer des restes, il voulait se dégourdir les jambes à la recherche de nouvelles provisions.

    - Je ne sais pas comment tu fais pour le supporter, avoua Alys en aidant le cadet à préparer le feu. Est-il toujours de mauvaise humeur ?

    - N-non, bafouilla Roku en déposant le bois.

    -  C’est parce que je suis là ? Il a l’air de me détester.

    - Il ne vous déteste pas…

    Alys lui jeta un regard incrédule, et il se reprit.

    -  Il est comme ça avec tous les étrangers au début. Ce n’est pas contre vous… Il n’aime pas vraiment les gens de haute naissance, qui ont la vie facile.

    Avait-elle la vie facile ? Elle n’avait sans doute pas de raison de se plaindre. Mis à part qu’elle se devait d’être toujours parfaite, et qu’elle avait dû quitter sa famille pour partir épouser un parfait inconnu. Mais de simples brigands ne pouvaient sans doute pas comprendre ses préoccupations de « fille de haute naissance ».

    - Et toi ? Demanda alors la jeune fille.

    - Moi ? Je n’ai pas de raison de vous détester. Vous semblez très gentille, Kaito a déjà eu des otages moins précieux qui se sont montrés bien plus insupportables.

    - Tu as l’air l’opposé de Kyuu, remarqua-t-elle. Tu as l’air tellement gentil que je ne t’imagine pas du tout en brigand.

    Le feu prenait doucement. Roku prit du temps pour rajouter quelques branches avant de répondre, et Alys se rendit compte qu’elle avait sans doute sans faire exprès touché un point sensible. Elle ne devait pas être la première à lui faire comprendre qu’il n’avait rien d’un brigand. Elle ne connaissait pas son histoire, mais peut-être avait-il rejoint les Epées Glacées à contre-cœur. A cette constatation, une idée folle lui vint à l’esprit.

    - Ramenez-moi au château, proposa-t-elle. Vous ne serez pas mes ravisseurs, mais mes sauveurs. Vous recevrez des récompenses, et vous pourrez trouver du travail à la cours.

    Pendant un infime moment, elle crut voir de l’intérêt au fond de ses yeux. Mais il secoua rapidement la tête.

    - Non. Je veux rester auprès de Kaito.

    - Pourquoi ?

    Le cadet n’eut pas le loisir de répondre. Des bruits de sabots leur firent lever la tête en même temps. Trois cavaliers s’approchaient, et Roku tira la princesse par le bras pour la tenir derrière lui.

    - Ce sont des Sans-Cœurs, murmura-t-il, et Alys retint son souffle.

    - Tiens tiens, on dirait qu’on arrive au moment du repas, remarqua le cavalier à la tête du groupe.

    Ils étaient tous les trois grands et de chevelure foncée. Ils étaient bien équipés, de longues épées pendant à leur ceinture. Leur sourire avait quelque chose de si malsain qu’Alys sentit son cœur s’affoler. Ils faisaient partie du groupe qui les avait attaqués. Peut-être était-ce l’un d’eux qui avait tué Satou.

    - Oubliez le repas, il y a un plus beau morceau derrière, remarqua un des cavaliers dont une cicatrice fendait l’œil droit.

    Alys n’avait aucun doute sur leurs intentions. Et Roku ne pourrait rien faire contre eux trois. Les hommes descendirent de leurs montures, et alors qu’ils s’approchaient, elle s’accrocha au bras du cadet, espérant un miracle.

    - Ne lui faites pas de mal ! S’interposa Roku. Elle est de haute naissance, vous en tireriez plus en la rendant intacte !

    - On pourra toujours en obtenir un petit quelque chose même si on s’amuse avec, remarqua le troisième homme. On ne va quand même pas laisser échapper une telle occasion !

    Vu qu’ils continuaient d’approcher, Roku tira son épée, ce qui ne provoqua que des rires.

    - Tu veux te battre ? Lança l’homme à la cicatrice en tirant sa propre épée. D’accord, ça fera un amuse-bouche.

    Roku repoussa Alys en arrière, puis il se tint prêt. Mais la jeune fille voyait la peur briller dans son regard, et elle ne se faisait aucun espoir sur l’issue de ce duel. Vu que le cadet restait sur la défensive, c’est l’homme à la cicatrice qui donna le premier coup. Puis le deuxième, et le troisième. Roku parait les attaques, et Alys devait avouer qu’il se débrouillait mieux qu’elle ne l’avait craint. Jusqu’à ce que les rires des deux autres ennemis lui firent comprendre qu’elle se trompait.

    Il joue avec lui.

    Roku profita d’une ouverture pour tenter un coup. Son adversaire para l’épée facilement, la contourna, puis riposta. Sa lame érafla alors le bras gauche du cadet dont le gémissement de douleur doubla les rires des spectateurs. Du sang avait éclaboussé l’herbe, et Alys vit bien que le plus jeune n’avait aucune envie de recevoir un autre coup. Il recula lorsque l’homme s’approcha, apeuré. C’est alors que Kyuu réapparut, sorti de nulle part de derrière Alys, sa propre épée à la main. Il se jeta sur l’homme à la cicatrice, donnant de violents coups d’épée, le faisant même reculer. Cependant, il perdit vite l’avantage de l’effet de surprise, et son adversaire reprit doucement le dessus. Les deux autres ennemis avaient cessé de rire et regardaient le combat d’un œil curieux. Kyuu criait à chaque coup qu’il donnait, et Alys grimaçait en voyant les ouvertures monstrueuses qu’il laissait. Visiblement lassé, l’homme à la cicatrice sembla vouloir mettre fin au combat. Il leva son arme, prêt à frapper un bout coup, alors que Kyuu laissait une énième ouverture. Il n’avait aucune chance de redresser son épée à temps pour se défendre. Cependant, avant que l’épée du brigand ne s’abaisse, une flèche lui transperça la poitrine. L’homme tituba encore un moment, surpris, puis il s’écroula, mort. Deux chevaux arrivèrent au galop sur les lieux de la bataille. L’un des cavaliers, blond, tenait encore l’arc qui lui avait permis de sauver Kyuu. L’autre, une épée à la main, avait engagé le combat avec les deux autres hommes en même temps. Désavantagés d’être sans monture, ils ne firent pas le poids et très vite, l’un d’eux succomba d’un coup d’épée. Le dernier, comprenant qu’il n’avait aucune chance, tenta alors de s’enfuir. Le fuyard n’eut pas le temps de rejoindre son cheval que le nouvel arrivant le trancha également d’un coup d’épée. Il revint ensuite au petit trot, et Alys ne put s’empêcher de le trouver incroyablement beau. Il avait des cheveux bleus un rien plus clairs que les siens, un regard confiant et envoutant, et une allure charismatique. Le faucon qui leur avait apporté un message un peu plus tôt se posa sur son épaule, presque affectueusement. L’homme arrêta son cheval devant Kyuu, mais c’était Alys qu’il scrutait avec un regard si pénétrant que la jeune fille se sentit rougir.

    - Je ne m’attendais pas à retrouver les jumeaux en si charmante compagnie, déclara-t-il en rangeant son épée tâchée de sang. Vous êtes la princesse Alys, n’est-ce pas ? C’est un honneur de vous rencontrer. Je suis Kaito, chef des Epées glacées, et je fais de vous mon otage.

    Chapitre 5 >>

     


    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    1
    Lundi 28 Mars 2016 à 17:04

    Le récit se complexifie, et est toujours aussi palpitant ! :D On sent une véritable intrigue se nouer, et c'est juste passionnant. Franchement, j'aime beaucoup la tournure que prennent les choses. :) Et j'ai hâte de lire le prochain chapitre !

    Je tiens aussi à signaler que tu as un très bon niveau en français (conjugaison, orthographe, etc.) !Puis, tu es douée pour l'écriture : organisation des idées, structure des phrases, et autres. C'est vraiment très très agréable de te lire. ;)

    Bonne continuation ! :)

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :