• Luka détestait devoir se déplacer à Edior. Le peuple qu’elle avait conquit ne l’avait jamais acceptée, bien que depuis la pendaison de la famille royale, il n’osait plus se révolter. Depuis que Miginnie récupérait une bonne partie de leurs récoltes, la région sombrait peu à peu dans la pauvreté. Luka ne s’en attristait guère. Mais il était de son devoir de montrer de temps en temps à la population qu’elle semblait se soucier de leur sort, afin d’éviter toute nouvelle rébellion.

    Cette journée-là avait bien commencé. La jeune reine avait fait des promesses, accepté la construction de nouveaux moulins pour augmenter l’offre de travail et la production de farine. Elle aurait presque pu retourner sans crainte à la capitale de son royaume. Mais cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait plus connu la sérénité. Une autre épée s’était rajoutée à celles qui pendaient déjà dangereusement au-dessus de sa tête. La fuite de Syla était une catastrophe. Tant qu’il vivait hors de sa portée, le peuple d’Edior continuait de nourrir l’espoir de le voir revenir sur le trône. Elle était furieuse contre ses chevaliers pour avoir commis une telle erreur. Syla était intelligent, bien plus que ses parents, rusé et fort. Il s’était méfié à juste titre du piège préparé et, récupérant habilement une épée, il avait battu au moins quatre hommes avant de réussir à s’échapper. Heureusement, cela n’avait pas impacté le reste du plan, et le roi et la reine finirent sur la potence. Mais la fuite du prince héritier laissait un arrière-goût de défaite dans la bouche de la reine. Il y a quelques jours, elle avait appris que Syla avait finalement refait surface. Il se trouvait à présent à Voline, et le roi Mikuo avait proposé un nouvel accord avec Miginnie. Il souhaitait garder le prince en otage afin d’être mis au même pied d’égalité que Katenze. Voline était trop petit pour représenter une menace, et si Luka tentait de récupérer le prince pour le faire tuer, elle s’attirerait encore plus la foudre du peuple, et de ses alliés. Elle n’avait donc eu d’autre choix que d’accepter, sous les mêmes conditions que la princesse Alys restée à Katenze. Luka n’avait jamais considéré cette dernière comme une menace directe. L’accord entre Miginnie et Katenze était solide et elle ne doutait pas de leur fidélité. Elle avait cependant envoyé des espions à Katenze pour vérifier que la princesse ne tombait enceinte.

    Luka soupira. Entre le vrai héritier de Miginnie qui risquait de venir réclamer son trône d’un moment à l’autre si Yuuma échouait dans sa mission, l’héritier d’Edior qui pourrait retourner Voline contre eux pour récupérer son royaume, et Alys qui pouvait également engendrer de nouveaux prétendants, elle se sentait entourée d’ennemis.

    Fatiguée, elle traversa la cour du château sans faire attention à ce qui l’entourait. D’autres personnes arpentaient la cour en tout sens dans un flux continu. C’est alors qu’une silhouette encapuchonnée se détacha soudainement de la foule et se mit à courir vers la reine, un poignard à la main. D’un coup d’oeil, Luka comprit que ses gardes étaient trop loin pour intervenir. La reine se prépara à se défendre de ses mains quand une jeune femme qui se trouvait près d’elle s’interposa. La silhouette encapuchonnée voulu la frapper pour l’éloigner, mais la femme était étrangement agile. Elle évita le coup, sortit à son tour un poignard et éventra l’agresseur. Tous les passants s’étaient éloignés de la scène de bataille, fuyant le danger. Il ne restait au centre de la cour que la reine, le cadavre de l’assaillant, et la jeune femme qui rangea son poignard. Elle avait des cheveux verts courts qui lui donnaient une impression de garçon manqué. Bigal, le capitaine de la garde, un homme à la carrure massive, approchait hâtivement avec son second, Cyman, également très musclé. Ils allaient appréhender la jeune femme, mais Luka leva la main pour leur demander de la laisser. Ils restèrent néanmoins près d’elle, prêts à la protéger du poignard que portait l'inconnue.

    - Tu m’as sauvée, la remercia la reine. Comment t’appelles-tu ?

    - Gumi, votre majesté.

    Elle semblait inquiète, pensant qu’elle aurait sans doute des ennuis d’avoir montré son poignard ou d’avoir tué un homme. Mais Luka voyait autre chose dans son regard. Elle voyait de l’admiration. Un sourire étira le visage de la reine.

    - Tu es très forte, Gumi. Qui t’a appris à te battre ?

    - Mon père. Il vend du pain aux alentours du château. Mais ces derniers temps, nous sommes souvent victimes de vol. Alors, il m’apprend à me défendre.

    - Ton père n’est-il pas le fournisseur de ce château ?

    - O-oui ! Et c’est moi qui suis chargée de livrer le pain ici, ajouta-t-elle fièrement.

    Luka lui sourit gentiment. Une jeune fille forte mais docile, qui semblait l’admirer autant que l’admirait Yukari, pourrait très bien lui être utile.

    - Serais-tu intéressée à travailler directement à mon service ? Je recherche de nouvelles servantes. Je donnerai un sac d’or à ton père en compensation, ce qui ne serait point négligeable en ces temps peu sûrs.

    Les yeux de la jeune fille s’agrandirent sous l’effet de la surprise.

    - Moi ? Ce serait… Ce serait un immense honneur… Mais je n’ai pas les manières, je ne sais pas si je pourrais...

    - Tu apprendrais très vite, tu as l’air du genre débrouillarde. A choisir entre une servante connaissant tous les us et coutumes de la cour sur le bout des doigts, et une servante capable de me protéger des agresseurs, mon choix est vite fait.

    La reine se tourna vers Cyman.

    - Escorte cette jeune fille jusqu’à son père. Prends un sac d’or et fais-lui la proposition. Puis, tu aideras Gumi à transporter ses affaires. Nous partons dès demain.

    Gumi s’inclina et la remercia un nombre incalculable de fois, puis elle suivit le garde en dehors du château. Pour elle, c’était une nouvelle vie qui commençait. Fini la dure vie de paysanne, et bonjour la vie de privilèges au château. De plus, son père serait payé d’une bonne somme d’argent qui compenserait la perte de sa seule employée. La reine l’impressionnait, mais elle avait l’air très généreuse. C’était sûr, Gumi avait hâte de travailler à ses côtés.


    ***

    Une jeune fille montait un cheval blanc sur une route au sud de Miginnie. Elle était équipée d’une cape noire dont la capuche dissimulait une grande partie de son visage. En approchant du point de rendez-vous, elle ralentit l’allure. La route était déserte. Au détour d’un virage, elle aperçut l’homme qu’elle cherchait. Yuuma l’attendait déjà, sur son propre cheval d’une magnifique robe noire. Le chevalier la salua d’un simple signe de tête.

    - Rien du tout, annonça-t-elle d’emblée. Je pense qu’il s’agit encore d’une fausse piste. Ils ont été très prudents…

    - Nous ne pouvons écarter aucune piste. Et à chaque piste que nous écartons, nous nous approchons de notre but.

    Les deux cavaliers reprirent leur route ensemble.

    - Quelle est notre prochaine destination ? Demanda la jeune fille.

    - Nous passerons la nuit à l’auberge des Amants Égarés. Elle se trouve à côté du bordel du même nom. Bien que nous soyons éloignés de toute ville, il y a beaucoup de passages. T’es-tu déjà rendue dans un bordel, Ayu ?

    - Bien sûr que non, répondit la jeune fille, mal à l’aise à cette perspective.

    - Les langues s’y délient facilement. Si il nous reste un espoir que cette piste ne soit pas une fausse, c’est bien à cet endroit que nous pourrons en avoir le cœur net.

    Ils chevauchèrent deux bonnes heures avant d’arriver à l’auberge. Comme l’avait expliqué Yuuma, une autre bâtisse se trouvait juste à côté, ainsi qu’une écurie. Deux jeunes femmes frivoles firent signe de la main au chevalier en gloussant. Ayu ne put s’empêcher de les trouver jolies, elles savaient mettre leur corps en valeur. Elle détourna les yeux, gênée. Les deux voyageurs descendirent ensuite de leur monture, les laissèrent à l’écurie, puis allèrent réserver une chambre à l’auberge. Alors que le soleil se rapprochait de l’horizon, ils mangèrent avec appétit le ragoût préparé par la femme de l’aubergiste. Comme l’avait annoncé Yuuma, il y avait effectivement beaucoup de passages. Principalement des hommes de tout statut, mais Ayu remarqua que plusieurs femmes semblaient entrer en tant que clientes dans le bordel.

    - Certains prostitués de cet établissement sont des hommes, expliqua Yuuma sur le ton de la conversation.

    - Vous avez l’air de bien le connaître, remarqua Ayu sans pouvoir cacher une pointe d’amertume dans la voix.

    - Je n’y ai portant jamais mis les pieds. Mais il est très réputé.

    - Quand y allons-nous ?

    - « Nous » ?

    Ayu vida son verre d’eau d’un trait et le reposa sur la table d’un air décidé.

    - Évidemment. Je ne vais pas rester toute seule à l’auberge pendant que vous rassemblez des informations. Je pourrais être utile !

    Yuuma sembla contrarié. Il finit à son tour sa chope de bière avant de reprendre la parole.

    - Ce n’est pas un endroit pour toi. Je ne pourrai pas me renseigner et veiller sur toi en même temps…

    - Je n’ai pas besoin que vous veilliez sur moi !

    Yuuma devina qu’elle avait serré le manche de la lame attachée à sa cuisse, sous la table. Mais elle avait encore tant à apprendre... Il soupira en se grattant l’arrière de la tête. Puis, il se leva.

    - Allons-y dès maintenant.

    Surprise, Ayu se leva d’un bond et le suivit hors de l’auberge. Le soleil était couché à présent, et la jeune fille resserra la cape autour d’elle pour lutter contre le vent plus frais. Ils entrèrent sans aucune difficulté à l’intérieur du bordel. Tout en suivant Yuuma de très près, Ayu observa cet étrange endroit. Il y faisait sombre et un brouhaha constant régnait. Les clients étaient assis autour de petites tables où ils étaient servis par des femmes et quelques hommes en tenues qu’elle jugeait aguicheuses. Beaucoup de ces prostitués restaient auprès des clients pour leur faire la conversation, ou plus. Alors que Ayu regardait un homme peloter la plus grosse poitrine qu’elle n’ait jamais vue, elle heurta violemment le dos de Yuuma qui s’était arrêté.

    - Nous nous asseyons ici.

    Elle s’assit face à lui pendant qu’une femme s’approcha directement de leur table.

    - Bonsoir, mon beau. Et… Es-tu un garçon ? Une fille ?

    Avec horreur, Ayu vit deux mains se rapprocher de son visage et elle tira sur sa capuche pour mieux se cacher.

    - Mon amie est défigurée, intervint Yuuma. Elle préfère se dissimuler le visage.

    - Oh. Ne t’inquiète pas, ma petite, reprit la jeune femme en éloignant ses mains. Tu trouveras ici un amant qui te fera passer un bon moment sans se soucier de tes défauts. Que recherche-tu ?

    - Elle ne fait que m’accompagner, répondit Yuuma d’un ton ferme qui ne laissait place à aucune réplique.

    De toute façon, Ayu avait perdu le courage qu’elle avait rassemblé et ne désirait que de rester auprès du chevalier. Peut-être aurait-elle dû réellement rester à l’auberge.

    - Et toi, mon beau jeune homme ? Demanda la femme en changeant de proie. Que recherche-tu ?

    Elle s’assit sur ses genoux, laissant habilement glisser la bretelle de son haut. Yuuma lui murmura quelque chose à l’oreille et elle gloussa.

    - Très bien, dit-elle en se redressant. Je pense savoir qui pourrait vous convenir. Désirez-vous boire quelque chose ?

    - Une bière sera parfait, répondit Yuuma.

    - Pour moi aussi, répondit Ayu.

    Tandis que la prostituée s’éloignait, Yuuma sourit à sa compagne.

    - Tu bois de l’alcool, maintenant ? Ou avais-tu honte de passer pour une enfant ?

    - Je ne suis plus une enfant, j’ai déjà bu de l’alcool, répondit-elle en espérant que sa gêne ne se voyait pas trop sous sa capuche. Je n’aime juste pas le goût.

    - Fais attention, je n’ai pas envie en plus de te ramener ivre à l’auberge.

    Elle haussa les épaules alors qu’un jeune garçon s’approcha de leur table pour y déposer leur choppe de bière. Il devait à peine être majeur, si il l’était réellement, et était plutôt frêle, mais il semblait très à l’aise. Au plus grand étonnement de la jeune fille, il s’adressa à Yuuma.

    - Bonsoir, je suis Piko. Vous m’avez demandé ?

    Ayu, bouche bée, alternait son regard entre ce jeune garçon et Yuuma qui le fit s’asseoir près de lui.

    - Vous… Vous… Balbutia-t-elle.

    - Pour avoir comparé les deux, oui, je peux dire que j’ai une préférence pour les hommes. Surprise ?

    Ayu but une gorgée de sa chope pour se donner du temps, mais elle faillit s’étrangler alors elle la reposa hâtivement. Elle venait d’apprendre que l’homme qu’elle suivait depuis plusieurs mois maintenant, et qu’elle avait même trouvé plutôt beau, avait eu des relations intimes avec un autre homme. Il y avait de quoi être chamboulé. Mais en y réfléchissant bien, elle se rendit compte que ça ne changeait rien à sa détermination à l’aider dans sa quête. Alors pourquoi se soucier de ce détail ?

    - Ce n’est pas la chose qui m’ait le plus étonnée venant de vous, finit-elle par répondre.

    Yuuma sourit et recentra son attention sur son hôte. Si il voulait le faire parler, il devait montrer patte blanche. Se sentant inutile, Ayu laissa la moitié de sa chope et prit congé. Découvrir cet endroit l’avait perturbée, sans oublier la révélation inattendue sur son compagnon. Elle prit donc du temps pour s’endormir cette nuit-là. Le lendemain, elle remarqua aussitôt que Yuuma était de retour. Déjà habillé pour la journée, il semblait l’attendre.

    - Que s’est-il passé ? S’enquit-elle en repoussant la couverture et se redressant brusquement.

    - C’est une fausse piste, annonça-t-il.

    Mais Ayu voyait dans son regard que ce n’était pas tout ce qu’il avait à dire. Il souriait. Il avait une bonne nouvelle. Elle sentit son cœur s’accélérer à cette perspective, suspendue à ses lèvres.

    - Il a vu deux enfants qui correspondent exactement à nos recherches, expliqua-t-il. Il y a deux ans.

    - C’est une piste bien maigre, soupira Ayu. Ils doivent être loin maintenant.

    - Ce qui est intéressant, est qu’il sait qui se trouvait avec eux, et cela m’a fait comprendre une chose importante. Nous ne cherchons pas aux bons endroits.

    Ayu fronça les sourcils.

    - Tu m’avais dit que tu avais fait parler la directrice de l’orphelinat… Que l’homme venu chercher l’héritier était un chevalier de Miginnie…

    - Elle n’a pas menti. Du moins, elle pensait dire la vérité.

    La jeune fille écouta ce que son compagnon avait appris du jeune Piko. Si c’était la vérité, alors effectivement, suivre les chevaliers de Miginnie était une perte de temps. Si c’était la vérité, ils avaient une nouvelle piste beaucoup plus précise à suivre. Les recherches seraient encore longues, mais elle le sentait : petit à petit, ils se rapprochaient de leur but de mettre la main sur l’héritier.

    ***

    Kyo n’avait jamais réellement oublié l’affront qu’il avait subit de la part de la princesse d’Edior. Allongé sur le dos, il repensait à ce baiser trop bref, à ce corps chaud qu’il avait à peine eu le temps d’effleurer. A côté de lui, une silhouette fine dormait paisiblement, dont il ne voyait que le dos dénudé. Que n’aurait-il pas donné pour que ce soit la princesse ainsi exposée à ses côtés. Peu importe avec quelle femme il passait la nuit, c’était toujours Alys qui obsédait ses pensées.

    Will et Yuu l’encourageaient à la séduire correctement. Mais cela n’avait jusqu’à présent mené à rien. La jeune femme semblait plus attirée par les entraînements que par les hommes. De plus, mise en garde par sa dernière tentative, elle l’évitait et écourtait leurs temps passés ensembles. Kyo se retourna, tournant le dos à sa compagne éphémère, agacé. Cette situation était ridicule. Il était le prince de Katenze et aucune femme ne devrait lui résister ainsi ! Pris d’un élan de témérité, il se leva, s’habilla rapidement et quitta la pièce sans un regard pour sa partenaire. L’énervement et la frustration embuaient ses pensées alors qu’il marchait en hâte parmi les couloirs déserts à cette heure. Quelque part dehors, il entendit un hibou hululer. La nuit était tombée depuis longtemps maintenant. Bien vite, il se retrouva devant la chambre de la princesse. Un garde faisait la ronde dans cette partie du château, s’assurant de la sécurité de l’otage, mais aussi qu’elle ne s’enfuie pas dans l’obscurité de la nuit. Lorsque Kyo lui ordonna sèchement de s’éloigner, le garde ne se fit pas prier et s’éloigna le plus loin possible de la colère de son prince. Ce dernier entra alors dans la chambre. Il la traversa rapidement, se dirigeant droit vers le lit d’où il apercevait la silhouette endormie de la princesse. Arrivé à sa hauteur, il l’observa. Alys, ne l’ayant pas entendu, dormait toujours paisiblement. Un rayon de lune éclairait son visage détendu. La couverture avait glissé le long de son corps, et il voyait sa poitrine légèrement dénudée se soulever régulièrement à chaque respiration. En approchant sa main de son visage, il se rendit compte qu’il tremblait. Etait-ce l’excitation de savoir qu’enfin, cette nuit, elle serait à lui ? Puis, avant qu’il n’ait eu le temps de faire quoique ce soit, la princesse se réveilla. Lorsqu’elle aperçut l’intrus dans sa chambre, elle se redressa brusquement, cherchant à mettre de la distance avec son assaillant. Sa main semblait chercher quelque chose, une arme, quoique ce soit qui pourrait la défendre. Elle reconnut alors son visiteur inattendu. Loin d’en être rassurée, elle le fixait de ses grands yeux effrayés, la respiration coupée.

    Une réalité frappa alors Kyo de plein fouet. Autant il avait envie d’elle plus que tout, autant… il ne souhaitait pas ça. Il comprenait qu’il n’en tirerait pas autant de plaisir qu’il ne le croyait. Ce n’était pas de la peur qu’il désirait voir au fond de ses yeux, mais de la passion. Il voulait qu’elle l’aime, qu’elle s’offre d’elle-même à lui, qu’elle se surpasse pour montrer toute l’envie qu’elle éprouvait pour lui. Ce n’était pas la même chose que pour ses partenaires d’une nuit, il souhaitait quelque chose de beaucoup plus fort. Il n’avait jamais ressenti ça pour une autre femme. Déstabilisé, il recula d’un pas, puis de deux. Enfin, il se retourna brusquement et s’enfuit loin de la jeune femme qui le troublait tant.

    ***

    Alys attendit de longues minutes avant d’oser à nouveau bouger. Elle ne cessait de fixer la porte, mais Kyo semblait bel et bien parti. Elle ne comprenait pas ce qu’il s’était passé dans son esprit pour le faire changer d’avis, mais ses intentions en venant ici en pleine nuit semblaient claires. Après s’être promis de toujours garder une arme sous son oreiller à présent, elle se leva silencieusement du lit et vérifia qu’une lettre se trouvait toujours cachée sous son matelas. Elle la brûlerait dès le lendemain afin d’être sûre que Kyo ne tombe dessus en fouillant sa chambre. A la lumière de la pleine lune, Alys lut une dernière fois la lettre qui lui était destinée. L’écriture familière de son frère lui avait apporté un réconfort certain. Le message était cependant très court et n’expliquait en rien le plan de Syla. Il lui demandait juste de suivre Kaito et de quitter Katenze au plus vite. De lui faire confiance.

    Je te fais confiance, Syla, pensa-t-elle très fort. Attends-moi, et vois de tes propres yeux ma détermination et le résultat de mes entraînements !


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  • Au fil des mois d’entraînements, Alys était devenue plus forte, plus agile. C’est avec une lueur de détermination dans le regard qu’elle se battait en ce moment-même à l’épée contre Leora. Maika arbitrait le combat entre les deux femmes, ravie que sa jeune apprentie arrive enfin à tenir tête à sa seconde. Leora n’était pas du genre à faire de cadeaux et ne laissait pas la moindre chance à la jeune fille à la tresse. Lors de leurs premiers affrontements, Maika avait dû à de nombreuses reprises intervenir pour arrêter leurs combats afin que l’apprentie n’en ressorte pas trop blessée. Mais c’était tout ce dont Alys avait besoin pour se surpasser. Un adversaire redoutable, sans pitié et qui la charriait sur sa faiblesse. Mais également une femme qu’elle admirait. Une étrange relation était née entre les deux jeunes combattantes, une relation qui mêlait sarcasme, dispute, respect et même amitié.

    Alys repassa à l’attaque, encouragée par ses derniers coups fructueux. Leora para, puis attaqua également. Elles étaient toutes les deux à bout de souffle et couvertes de sueur. Elles échangèrent encore quelques coups lorsque Leora arriva à désarmer son adversaire. L’épée tomba au sol dans un bruit mat, annonçant la fin du combat.

    - Bon sang ! J’y étais presque cette fois ! S’exclama Alys, déçue et contrariée.

    - Presque ? La railla Leora. Je ne me suis pas donné à fond, tu sais.

    Malgré ses paroles, la fille aux cheveux rouges avait bien du mal à récupérer son souffle.

    - Tu t’es bien battue, remarqua Maika. Tes progrès sont époustouflants, Alys. C’est comme si tu étais née pour tenir une épée en main.

    Alys rangea son épée, encore frustrée par cette énième défaite. Pourtant, elle savait que tenir tête à la seconde de l’armée de Katenze était déjà une victoire. Mais c’était plus fort qu’elle, Leora restait sa rivale. A sa grande surprise, celle-ci lui tendit la main.

    - C’était un beau combat, reconnut-elle.

    Alys serra la main tendue, heureuse de ce geste de reconnaissance.

    - Peut-être que dans dix ans, tu arriveras à me désarmer !

    Elle fit un clin d’œil et sortit de la salle. Alys leva les yeux au ciel, mais Maika avait le sourire aux lèvres.

    - C’est sa manière de te féliciter, remarqua-t-elle. Elle t’apprécie beaucoup, tu sais.

    - Je pense dans tous les cas qu’elle me déteste un peu moins qu’à notre première rencontre.

    Alys se changea rapidement, puis suivit son amie à l’extérieur.

    - Kyo est à nouveau venu me parler ce matin, raconta Alys sur le chemin.

    Sa relation avec le prince héritier était également étrange. Depuis qu’elle avait repoussé ses avances en le giflant, elle avait craint qu’il ne se venge d’une manière ou d’une autre. Mais l’annonce de la pendaison de la famille royale d’Edior l’avait sans doute convaincu de la laisser tranquille un petit temps. Alys avait en effet été ravagée par cette nouvelle. Elle s’était enfermée dans sa chambre pour pleurer pendant des jours. Puis, une lueur d’espoir était apparue. Tous les récits concordaient sur le fait que seul le roi et la reine avaient été pendus publiquement. Et bientôt, il fut confirmé que Syla, son frère aîné, avait réussi à s’échapper. Cette nouvelle avait réveillé Alys. Elle retrouva la motivation de continuer son entraînement. Elle se consacra entièrement à cet apprentissage avec un seul but. Pouvoir retourner auprès de son frère et l’aider du mieux qu’elle le pouvait à reprendre leur royaume.

    - Il tourne de nouveau beaucoup autour de toi, remarqua Maika en fronçant les sourcils.

    - Oui. Ses conversations sont toujours aussi soutenues et agréables. Mais quelque chose a changé dans son regard.

    - Méfie-toi de lui. J’ai entendu des histoires sur ce qu’il fait dans certains établissements… Ce ne sont que des rumeurs, et en tant que capitaine des gardes je ne devrais pas dire de mal du prince mais…

    - Ne dis rien dans ce cas. J’ai également entendu ces rumeurs. Dans quelques mois, on risque bien de se retrouver avec un paquet de bâtards sur les bras.

    Les deux femmes rirent brièvement, avant de se séparer, Maika devant retourner à son travail. Alys traversa une cour lorsqu’elle remarqua qu’un groupe d’écuyers s’entraînaient également au combat à l’épée. Elle s’arrêta un instant pour observer le duel en cours. Deux jeunes hommes en armures légères et casques se battaient à l’épée. Autour d’eux, la petite foule qui s’était formée, assoiffée de combats, encourageait son favori. L’un des deux, visiblement le moins aimé vu les exclamations du public, finit par enchaîner trois coups d’affilée qui firent perdre l’équilibre à son opposant. La lame se retrouva alors sous sa gorge, signifiant la fin du combat. Les deux combattants se serrèrent brièvement la main. Ensuite, le gagnant, n’accordant pas à un regard à la foule, retira son casque. Alors qu’Alys allait reprendre son chemin, elle se figea, l’observant avec plus d’attention. Non, ce devait être elle qui se faisait des idées. Mais le garçon marcha droit vers la foule, ou du moins vers une personne en particulier qui semblait le féliciter avec un grand sourire, et Alys n’eut plus aucun doute. Il s’agissait des jumeaux brigands qui l’avaient un jour lointain enlevée. Mais ils ne ressemblaient pas aux jumeaux de ses souvenirs. Elle se souvenait de deux petits garçons gringalets, portant des armures dépareillées et des armes trop grandes pour eux, avec des cheveux sales et décoiffés. Les jumeaux devant ses yeux étaient maintenant clairement des adolescents, bien qu’ils faisaient encore plus jeunes que leur âge. Celui qui s’était battu portait une armure et une épée à sa taille. Leurs cheveux étaient coupés, bien qu’encore plutôt décoiffés, et propres. Alors qu’un autre combat d’entraînement commençait et que les jumeaux s’éloignaient, Alys se dirigea droit vers eux pour les rattraper.

    - Kyuu ? Roku ?

    Les jumeaux se tournèrent en même temps vers elle.

    - Votre Altesse ! S’étonna celui aux vêtements normaux avant de lui adresser un sourire.

    - Vous avez changée ! S’étonna l’autre.

    - C’est à moi de dire ça ! Regardez, vous avez ma taille à présent !

    - Je pense qu’on vous dépasse, remarqua le jumeau en armure en évaluant sa hauteur avec la main.

    Alys souriait. On aurait dit de vieux amis d’enfance qui se retrouvaient. Elle avait passé du temps avec eux, à un moment très difficile de sa vie, et elle se rendait compte encore à présent à quel point elle avait apprécié la compagnie des jumeaux, de Kaito, et même de Yohio et de Shirosaki.

    - Mais… Qu’êtes-vous devenus ? Je ne vous ai jamais vus aux cuisines…

    - On n’y est pas resté longtemps, avoua le garçon aux habits ordinaires. Meiko nous a d’abord mis de corvées vaisselles et épluchages.

    - Gakupo est passé sur l’ordre de Kaito. Il a expliqué la situation à Meiko, qui s’est arrangée pour qu’on devienne écuyers d’un chevalier. Apparemment, elle connaît bien Kaito.

    Alys avait un peu du mal à comprendre la logique derrière cette histoire. Mais surtout, elle fut étonnée qu’ils aient encore eu des contacts avec des brigands.

    - Comme on savait déjà s’occuper de chevaux et manier des armes, être écuyers ne nous a pas posé de soucis, et on a pu continuer à s’entraîner.

    - Vous prévoyez de devenir chevaliers alors ? Demanda naïvement Alys.

    - Hein ? Non. Quand Kaito viendra nous chercher, on repartira avec lui évidemment.

    Le sourire d’Alys s’était crispé. Que venait-il de dire ?

    - Mais… Je vous ai sauvés de tout ça ! Vous êtes devenus écuyers d’un chevalier de Katenze ! Vous pourriez devenir vous-mêmes chevaliers ! Vous vous rendez compte de la chance que vous avez ?

    - Eh, on a jamais dit qu’on voulait de tout ça, remarqua le garçon en armure d’un air désagréable, et cette fois Alys reconnut à coup sûr Kyuu.

    Roku semblait plus gêné, se rendant sans doute compte de la position dans laquelle elle se trouvait.

    - On vous est très reconnaissant de ce que vous avez fait pour nous. Mais notre but dans la vie est de servir Kaito.

    - Il ne viendra peut-être même pas vous chercher !

    - En réalité, on échange encore des messages avec lui grâce son faucon, avoua Roku. Il est très curieux de ce qui se passe à Katenze. Il nous demande même des nouvelles de vous !

    Peut-être avait-il espéré qu’elle soit heureuse d’apprendre cet intérêt, mais cela eu tout l’effet inverse.

    - Donc en plus vous êtes des espions ?! J’ai plaidé en votre faveur, et vous trahissez Katenze qui vous a recueillis sans aucune honte ?!

    Roku sembla à court de mot. Il jeta un regard désespéré à son frère.

    - Et alors ? Reprit Kyuu d’un air froid. Qu’est-ce que ça peut vous faire, qu’on compte les trahir ? D’après ce que j’entends, vous n’êtes pas non plus très attachée à ce royaume. Ou alors, ces histoires d’entraînement sont du pipeau et vous comptez rester l’otage de Katenze jusqu’à la fin de vos jours ?

    - Ce n’est pas la même chose, répondit Alys en serrant les points. Vous n’êtes pas dans ma situation. Et si vous vous faites prendre, j’en payerai le prix aussi ! Alors si, je me sens concernée par votre trahison !

    - Et qu’allez-vous faire ? Répliqua l’aîné des jumeaux, visiblement énervé par cette discussion. Vous allez nous dénoncer ?

    Ils s’affrontèrent du regard quelques secondes. Les dénoncer serait la solution la plus sûre pour Alys. Avait-elle une raison de prendre leur défense ? Elle l’avait à peine revu depuis cinq minutes que Kyuu l’énervait déjà, et même Roku la décevait. Elle était tellement persuadée qu’il profiterait de cette chance pour changer de voie. D’ailleurs, d’où venait une telle loyauté envers Kaito ? Elle se tourna vers le plus jeune.

    - Tu n’avais rien d’un brigand. Je peux comprendre que tu étais reconnaissant envers Kaito de t’avoir recueilli, mais je t’ai aussi sauvé et donné une autre chance. Alors pourquoi es-tu à ce point attaché à lui ?

    Elle repensa alors à une remarque que Yohio avait faite, un soir au milieu les bois.

    - Tu es amoureux de Kaito ?

    - Hein?! S’exclama Kyuu. Non seulement vous m’ignorez, mais si c’est en plus pour sortir des absurdités…

    Mais Roku, les joues rosies, vérifiait que personne ne les entendait.

    - Peut-être un peu, avoua-t-il. J’aime beaucoup Kaito. Mais je n’ai pas besoin de plus. Je sais bien qu’il n’est pas du genre à se poser avec quelqu’un alors alors simplement rester à ses côtés me suffit.

    - Je t’ai déjà dit que ce n’était pas de l’amour, s’énervait Kyuu. C’est de l’admiration. Moi aussi je veux être utile à Kaito et rester à ses côtés !

    - Si j’étais toi je m’inquiéterais Kyuu, c’est peut-être bien de l’amour, le railla Alys.

    - Pas du tout ! Et je vous trouve mal placée pour dire ça, vous l’avez dévoré des yeux pendant tout le voyage !

    - Pas du tout ! Se défendit à son tour Alys, les joues néanmoins roses.

    Elle était inquiète. Cela s’était donc vu à ce point ?

    - C’est une princesse, Kyuu, remarqua Roku. Elle ne peut pas tomber amoureuse d’un brigand.

    La princesse en question fut, pour une raison ou une autre, bien trop agacée par cette remarque.

    - Aah, on était en train de parler de trahison et de dénonciation, reprit Kyuu en soupirant. C’était grave ! Pourquoi on se retrouve à parler d’amoureux ?

    Sans pouvoir s’en empêcher, Alys pouffa de rire. C’était vrai, c’était ridicule. Elle fut suivie par Roku, et même Kyuu eut un petit rire. Il se reprit néanmoins bien vite.

    - Mais donc, vous comptez nous dénoncer ou non ?

    - Je ne sais pas. Donnez-moi une raison de ne pas le faire ?

    - Kaito veut vous emmener avec nous, déclara précipitamment Roku.

    - Roku ! S’offusqua son aîné en se tournant vers lui, surpris. On devait attendre le signal pour l’approcher à ce sujet !

    - Mais si elle nous dénonce, tout tombera à l’eau, remarqua le cadet.

    - Elle ne nous aurait pas dénoncés, elle n’en est pas capable !

    - Je te demande pardon ? S’offusqua à son tour Alys. Un conseil, ne me tente pas trop. Je ne suis plus la femme faible d’il y a un an !

    Elle reposa son attention sur Roku. Son cœur s’était mis à battre plus vite, mais elle fit tout son possible pour ne pas montrer le trouble et l’envie que lui inspirait cette proposition.

    - Et pourquoi Kaito voudrait-il m’emmener ? Désire-t-il à nouveau une rançon ?

    - Oui. Parce qu’il sait que vous avez tout à y gagner également. Il souhaite vous aider à vous enfuir, afin de rejoindre votre frère Syla à Voline.

    C’était tout ce dont Alys rêvait. La seule question qui lui venait à l’esprit était « Quand partons-nous ? », mais elle se contrôla.

    - Je dois y réfléchir.

    - A quoi devez-vous réfléchir ? Demanda Kyuu d’un ton désagréable. On vous propose de vous libérer de Katenze, de retourner auprès de votre frère et de revoir l’homme de vos fantasmes par la même occasion.

    - Tu ne comprends pas ma position.

    - Vous dites toujours ça, grommela l’aîné des jumeaux. Expliquez-nous alors !

    - Une princesse ne devrait pas faire d’accord avec un groupe de brigands. Surtout si vous comptez m’apporter à mon frère en échange d’argent. J’ai un honneur à défendre ! Je te l’ai dit, je ne suis plus la jeune femme faible d’autrefois !

    Kyuu leva les yeux au ciel.

    - C’est si compliqué, vos histoires de nobles, remarqua-t-il. Je suis bien content de ne pas en être un. Je serais près à m’associer à tous les brigands ou à me vendre pour n’importe quelle rançon si ça me permettrait de retrouver mon frère.

    - Et si votre frère vous demandait lui-même de nous suivre ? Intervint Roku.

    - Je ne peux croire que mon frère me laisserait entre les mains de brigands…

    A son plus grand étonnement, Roku sourit.

    - Ne nous dénoncez pas, Votre Altesse. Nous enverrons une lettre à Kaito pour l’informer de la situation. Il vous écrira en personne pour mieux expliquer les termes de notre arrangement.

    ***

    A Voline aussi, les entraînements se poursuivaient. Dans la cour principale, la princesse Miku se battait en personne à l’épée contre son ami, Len. Le jeune garçon se débrouillait déjà bien, mais Miku souhaitait qu’il s’entraîne encore et encore. Tout comme Rin, qui attendait son tour sur le côté. Ayant comme meilleure amie une des meilleures épéistes de Voline, la jeune fille blonde avait déjà appris les bases du combat à ses côtés. Mais elle n’avait jamais vraiment aimé se battre, laissant ce plaisir à son jumeau. Cependant, Miku avait insisté pour qu’elle reprenne les entraînements également. Une nouvelle guerre se rapprochait, dans laquelle Voline sera inévitablement impliquée, et sa plus grande crainte était de voir des êtres chers mourir sous ses yeux.

    Alors qu’elle mit fin au combat du jeune blond, la princesse remarqua qu’une personne particulière les observait. Il s’agissait de son fiancé, Syla. Ce dernier s’avança aussitôt vers elle d’un air décidé.

    - Vous êtes très pédagogue, remarqua-t-il simplement. Et vous êtes très douée !

    - Merci, se contenta de répondre humblement la princesse.

    - Pourrais-je également m’entraîner avec vous ?

    Miku l’observa d’un air perplexe. Elle ne voyait pas l’intérêt de ce combat. Il était évident que le jeune homme ne pourrait se donner à fond contre elle. Il était l’invité de Voline, elle en était la princesse. Sans oublier qu’elle était sa fiancée. Néanmoins, il serait sans doute impoli de refuser.

    - D’accord.

    Les deux adversaires se mirent en position, leur épée en main. Len avait rejoint sa sœur sur le côté, tous deux observant la scène d’un air curieux.

    - A vous l’honneur, l’encouragea galamment Syla d’un signe de tête.

    Miku ne se fit pas prier et passa à l’attaque, son épée fendant l’air avec précision. Son opposant para la lame, la contourna et tenta un coup puissant. Surprise, Miku dut faire appel à toute son agilité pour l’esquiver. Elle recula de quelques pas, surveillant son adversaire.

    - Vous semblez surprise, remarqua Syla avec un sourire mystérieux en tournant autour d’elle.

    - Je ne m’attendais pas à ce que vous y alliez si franchement, avoua-t-elle, restant sur ses gardes.

    - Ne pas y aller franchement contre la princesse de Voline, l’épéiste si renommée ? Je ne suis pas fou ! S’exclama le jeune homme sans perdre son sourire.

    C’est lui qui retourna le premier à l’attaque. Miku para son coup et tenta à son tour une riposte. Très vite, une foule s’était formée autour de ce combat si inattendu et dont l’issue semblait incertaine. Syla pourrait vouloir leur prouver qu’ils avaient raisons de placer leurs espoirs en lui, qu’il était un bon combattant et méritait de reprendre son trône. Miku quant à elle pourrait vouloir montrer à son peuple qu’elle était toujours la meneuse en laquelle ils croyaient. Mais en réalité, en ce moment-même, les deux adversaires se sentaient coupés du monde. Ils étaient seuls, l’un face à l’autre. Et ils se battaient pour eux-mêmes. Les lames s’entrechoquaient, les deux combattants semblaient danser l’un autour de l’autre, s’observant, se jugeant, se testant. Reconnaissant mutuellement leur valeur.

    Personne ne sut qui serait finalement sorti vainqueur de ce combat. Mikuo intervint sans ménagement, interpellant assez froidement Syla. Visiblement, il semblait désapprouver cet affrontement, mais il avait une raison plus importante qui l’avait conduit ici. Il ne fit donc aucune remarque. Pour l’instant.

    - J’ai besoin de toi pour écrire une lettre, expliqua-t-il.

    - Très bien.

    Syla rangea son épée. Miku hésitait à protester, voulant faire remarquer à son frère qu’ils les avaient interrompus en plein combat, mais à ce moment Syla se retourna vers elle, plongeant son regard dans le sien.

    - Je suis heureux que nous soyons dans le même camp.

    Il la salua d’un signe de tête, puis suivit le roi hors de la cour pendant que la foule autour d’eux se dissipait. Il se tourna une dernière fois vers la princesse, un sourire étirant à nouveau ses lèvres. Et, sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi, Miku lui sourit en retour.

    Chapitre 11 >>


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  • Partie II

     

    Déjà à 8 ans, Meiko, fille de la chef cuisinière, travaillait dur au château de Miginnie. En cette sombre période, tout le monde au château, aussi bien les nobles que le personnel, était en émoi suite au décès récent de la reine Dalya. Tout le monde parlait à voix basse, les visages étaient tirés et tristes. L’inquiétude et l’incertitude planait. En effet, personne ne savait ce qu’il était advenu de l’enfant que portait la reine. Le roi ne faisait aucune annonce, ce qui aggravait les craintes, et la rumeur courrait que l’enfant était mourant, si il n’était pas déjà mort en même temps que sa mère.

    Meiko, attristée par le décès de sa reine sans en comprendre encore tout le sens, travaillait le plus calmement possible pour ne pas troubler le deuil des adultes qui l’entouraient. Plusieurs paires de drap dans les bras, elle prit un passage étroit réservé aux domestiques qu’elle savait rarement emprunté. Tandis qu’elle progressait, des sanglots attirèrent son attention. Elle s’arrêta pour tendre l’oreille. Les sanglots semblaient lointain, elle les percevait faiblement. Elle marcha en direction de ces pleurs, déjà curieuse à son âge. Elle prit un passage entre les murs complètement abandonné, ne menant à aucune porte à sa connaissance. Le sol était poussiéreux et des toiles d’araignées freinaient sa progression, de plus, l’obscurité régnait dans ce passage oublié. Elle bifurqua dans un autre passage étroit. Meiko adorait explorer ces couloirs anciens, qu’elle considérait comme des passages secrets. Elle colla son oreille contre le mur. Les sanglots étaient tout proches. De la lumière filtrait à ses pieds depuis l’autre côté du mur, et elle s’accroupit pour y jeter un coup d’oeil. Elle aperçut alors une forme rectangulaire qu’elle tâta de ses mains. Un déclic se produisit, et un minuscule passage pas plus haut qu’un demi-mètre se libéra. Meiko décala le pan de mur et s’y engouffra. Elle se trouvait à présent dans une chambre luxueuse. Il s’agissait probablement d’une ancienne sortie de secours pour une personne importante. Les domestiques connaissaient plusieurs de ces passages qui avaient été fort utiles lors d’une grande guerre il y a plus de cent ans, mais celui-ci avait dû être oublié et Meiko se sentait surexcitée de l’avoir découvert. Elle aperçut la femme qui pleurait bruyamment au fond de la pièce, assise sur une chaise près de la fenêtre. Elle serrait quelque chose dans ses bras. Une autre femme observait l’intérieur d’un berceau. Restant à quatre pattes pour ne pas se faire repérer, Meiko alla se cacher derrière un fauteuil tout proche. Elle observa la femme près du berceau, et elle se rendit compte qu’elle tenait un bébé dans ses bras. La femme s’éloigna du berceau, pour s’approcher de la femme qui pleurait.

    - Je sais qu’il est difficile de perdre un enfant, Mizki. Allons, lâche-le, tu dois l’accepter.

    Meiko écoutait attentivement. Mizki était la meilleure amie de la reine, il était connu qu’elle avait accouché quelques jours seulement avant la souveraine.

    - Tu ne comprends pas, Inda, sanglota Mizki. Il a été empoisonné. J’en suis sûre !

    Meiko ne pouvait observer le visage d’Inda qui lui tournait le dos, mais Mizki semblait presque folle.

    - Empoisonné, dis-tu ?

    - J’avais demandé… Je savais que je n’aurais pas assez de lait… J’ai demandé qu’on m’apporte de l’aide, mais personne d’autre dans le château n’a enfanté récemment… Alors, ils m’ont donné du lait de chèvre...

    Malgré qu’elle sanglotait encore, la jeune femme semblait résolue à tout raconter.

    - Je me suis dit que mon bébé… il n’est pas prématuré… Je me suis dit que c’était à lui que je devrais donner le lait de chèvre. Et ils m’ont dit… Ils m’ont dit… Que c’était idiot, que je devrais réserver mon lait à mon propre enfant… Je comprends maintenant, ils avaient empoisonné le lait ! Ils voulaient tuer la progéniture de Dalya… Je t’en prie, Inda, crois-moi, leur comportement était vraiment étrange !

    - Je te crois.

    Il y eu un petit silence pendant lequel Mizki, un peu calmée par la déclaration de sa sœur, sécha ses larmes.

    - J’avais déjà entendu des échos, continua Inda. Je sais qu’un groupe de rebelles souhaite faire monter sur le trône Amin, à la place d’Edwin. Mais je ne pensais pas qu’ils profiteraient du décès de Dalya pour passer à l’action.

    - C’est horrible… Comment peut-on comploter pour tuer des enfants…

    Inda commença à faire les cent pas, le bébé qu’elle tenait dormant paisiblement. Meiko n’osait plus bouger d’un pouce.

    - Pour l’instant, vu que le roi a demandé de garder le secret, très peu de personnes sont au courant, réfléchissait Inda à voix haute.

    Elle se posta à nouveau devant sa sœur.

    - Mizki. Ton bébé est mort, mais tu peux encore tenir la promesse que tu as faite à Dalya. Je sais qu’il te faudra du temps pour faire ton deuil. Mais nous devons agir au plus vite.

    - Je ferai tout pour Dalya, dit la jeune femme d’une voix plus assurée, les larmes ayant enfin cessé de couler.

    - Si ce que je pense est correct, quoiqu’on fasse, Edwin est condamné. Son meurtre n’est qu’une question de jours. Les coupables font partie du conseil royal.

    - Mais, si nous disons la vérité au peuple…

    - Ils donneront au peuple leur version de l’histoire. Nous n’avons aucune preuve. Mizki, tu as vu de quoi ils sont capables, nous ne sommes pas de taille face à eux pour l’instant. Ce qui est certain, c’est que l’héritier court un grave danger dans ce château. Il faut qu’il grandisse en sécurité. Nous allons faire croire qu’il n’a pas survécu. Prématuré, ses chances de survie sont faibles. Nous laisserons ton bébé dans le berceau. Tout le monde croira que tu t’es enfuie avec ton enfant, trop honteuse de n’avoir pu sauver celui de Dalya. C’est ce que je ferai croire.

    - Mais, Inda, tu oublies que…

    - Non, je n’oublie pas.

    Inda retourna près du berceau, observant à nouveau son contenu.

    - Ce n’est qu’une hypothèse, risquée. Mais je pense que les rebelles n’auront aucun intérêt à dévoiler le secret.

    - Mais ils ne sont pas les seuls à être au courant. La sage-femme…

    - Je trouverai les mots pour que tous gardent le silence.

    - … D’accord. Je te fais confiance.

    Mizki se leva. Elle marcha d’un pas décidé vers le berceau. Mais elle hésita encore avant d’y poser le corps de son bébé. Elle laissa échapper un dernier sanglot. Puis, elle prit le nouveau-né se trouvant dans le berceau. Meiko osa se pencher un peu plus pour observer l’héritier. Mais ce n’était qu’un nouveau-né semblable à ceux qu’elle avait déjà vus. Mizki resserra le tissu qui l’enveloppait et le plaça dans un drap qu’elle avait passé autour de son cou, veillant à ne pas le réveiller. Meiko avait déjà vu des jeunes mères porter leur progéniture ainsi pour avoir les mains libres.

    - Quand tu seras en sécurité, envoie-moi un message à notre ancien pensionnat au nom de Paula. La gouvernante saura qu’il s’agira d’un message secret. Je t’expliquerai alors comment nous communiquerons.

    - D’accord.

    De leur bras libre, les deux femmes se serrèrent brièvement.

    - Fais attention à toi, lui dit encore Inda.

    - Toi aussi.

    Mizki s’apprêta à partir et Meiko se serra contre le fauteuil pour ne pas se faire voir.

    - Attends.

    C’était Inda qui avait parlé. Elle tendait devant elle le bébé qu’elle tenait dans ses bras.

    - Que fais-tu ? Il faut que tu l’emmènes aussi !

    - Quoi ? Mais, Inda, pourquoi ? Il est bien mieux avec toi qu’avec moi…

    - Non. C’est faux. Les rebelles risquent de s’intéresser à moi également à présent. Je ne peux le mettre en danger uniquement pour assouvir une envie égoïste, cela n’aurait pas de sens. C’est mieux ainsi, et tu le sais très bien.

    - Je suis désolée…

    Inda aida sa sœur à passer un deuxième drap autour de son cou pour y placer le deuxième nouveau-né. Meiko se pencha pour jeter un coup d’oeil. Mais cette fois, Mizki la vit.

    - Qui es-tu ?!

    Meiko s’était réfugiée derrière le fauteuil, son coeur battant la chamade dans sa poitrine. Elle savait qu’elle n’aurait pas du entendre cette conversation. Inda contourna le fauteuil et l’observa.

    - N’aie pas peur. Tu es la fille de la chef cuisinière, n’est-ce pas ? Depuis quand es-tu là ?

    - Je… J’ai entendu des pleurs et… Je suis désolée…

    - Est-ce que tu comprends ce qu’il se passe ?

    Meiko haussa les épaules.

    - J’ai compris… que des gens voulaient du mal à l’héritier… Mais je ne dirai rien pour qu’il soit en sécurité, je le jure !

    Inda sourit gentiment.

    - Calme-toi, je sais que tu n’as aucune mauvaise intention. Je connais bien ta mère, aussi. Nous allons avoir besoin d’alliés, Meiko. Pouvons-nous compter sur toi ?

    Se sentant importante, Meiko gonfla la poitrine.

    - Oui !

    Et Meiko tint sa promesse. Même lorsque les rebelles réussirent à couronner Armin. Même lorsque les années passèrent. Même lorsque sa mère mourut de maladie. Même lorsque Luka convainquit les rebelles de l’aider à prendre la place de son époux sur le trône. Même lorsque Yukari lui fut enlevée. Elle continua de rester fidèle à la véritable famille royale de Miginnie.

     

    ***

     

    La princesse de Voline, Miku, accompagnée par sa servante et meilleure amie, Rin, observait l’entraînement du frère de cette dernière. Len se battait à l’épée contre le chevalier qui l’entraînait. Rin encourageait avec entrain son jumeau, qui avait nettement progressé ces derniers temps. Il s’entraînait toujours avec application et sérieux. Bien que la paix régnait à présent à nouveau sur les royaumes, il avait hâte d’être prêt à protéger personnellement sa princesse, et sa sœur.

    - Miku.

    Mikuo, le grand frère de Miku qui, suite au décès de leur père, était récemment devenu roi de Voline, se dirigeait vers eux, l’air grave.

    - Que se passe-t-il, grand frère ?

    - Nous avons un invité que j’aimerais te présenter.

    Il regarda brièvement Rin, puis Len qui s’était également approché, curieux.

    - Oui, vous pouvez venir, répondit-il dans un soupir, comme si il connaissait déjà leur question avant même qu’elle n’ait franchi leurs lèvres.

    Miku lui adressa un sourire. Mikuo semblait avoir accepté que les jumeaux la suivaient partout comme son ombre. Le trio suivit donc le roi à travers la cour.

    - Te souviens-tu de Syla d’Edior ? Commença par demander le jeune homme.

    - Oui, bien sûr, s’étonna la princesse aux deux longues couettes.

    Elle avait été fiancée temporairement à Syla, le prince héritier d’Edior. Cependant, Edior avait été renversé par le royaume de Miginnie, et la famille royale avait été condamnée à la pendaison pour trahison par la reine Luka. Seul Syla avait réussi à échapper à ce sort funeste, fuyant le château pour disparaître dans la nature. Cela faisait maintenant plus de quatre mois qu’il n’avait plus donné signe de vie.

    - Apparemment, la route a été difficile pour lui. Il n’a pris aucun risque et a caché son identité jusqu’à ce qu’il me parle personnellement.

    - Mikuo… Tu veux dire que, cet invité…

    - Oui. Syla nous a rejoint.

    Sur ces paroles, il ouvrit la porte qui menait à la salle du trône. Un jeune garçon aux cheveux bleus patientait et s’inclina lorsqu’ils entrèrent dans la salle. La princesse remarqua qu’une tresse avait été réalisée à l’arrière de son oreille droite.

    - Votre Altesse Miku, c’est un honneur de vous rencontrer.

    La princesse s’approcha pour qu’il puisse lui faire un baise-main.

    - Moi de même.

    Elle ignorait comment s’adresser à lui. Edior tombé, il n’était plus officiellement prince, cependant il restait une personne importante.

    - Miku, Syla nous a fait le récit de ses mésaventures. La reine a tendu un piège à sa famille pour les faire pendre, ils n’ont jamais tenté de la tuer.

    - Je suis navrée de l’apprendre.

    Cependant, elle avait du mal à croire qu’ils n’auraient pas réellement tenté de tuer Luka afin de reprendre leur royaume, si ils en avaient eu l’occasion.

    - C’est un coup fourbe et honteux, reprit Syla. Cette personne ne mérite pas de se trouver sur mon trône. Elle a déjà tué tant de personnes innocentes.

    Miku observa son frère. Il ne comptait tout de même pas la fiancer à nouveau à cet homme ? La paix était enfin revenue. Elle ne désirait pas aider cet inconnu à reprendre son royaume. Elle n’avait jamais réellement désiré devenir reine, même si cela serait profitable pour son pays.

    - Même si son royaume est tombé, il reste un homme de sang royal, expliqua Mikuo à sa soeur. Il est plus que probable que, les tensions calmées, il pourra reprendre et gouverner un petit territoire.

    - Avec tout mon respect, Votre Majesté, je compte bien récupérer Edior. C’est mon royaume !

    - Malheureusement, notre armée n’est pas assez puissante pour lutter contre Miginnie. Il nous faudrait plus de forces.

    - Il y a énormément d’opposants au pouvoir de Luka dans mon royaume, reprit Syla, enflammé. L’ancienne armée d’Edior se retournera contre elle à la moindre occasion ! De plus, ma sœur est toujours à Katenze. Si Katenze voit que la situation peut tourner à notre avantage, ils n’hésiteront pas à nous aider à renverser Miginnie afin que le prince Kyo puisse l’épouser ! Et même si Katenze ne prend pas parti, j’ai déjà réuni d’autres alliés, et j’ai un plan pour en rallier encore plus !

    - Grand frère, nous avons tant souhaité cette paix, tenta Miku.

    - Cette paix ne peut durer, affirma Syla. D’après mes espions, la situation à Edior se dégrade de jours en jours. La guerre ne peut que revenir. Et vous devrez choisir votre camp.

    - Notre père n’approuvait pas les décisions de Miginnie, reprit Mikuo. Nous avons déjà choisi notre camp.

    Miku échangea un regard avec Rin. Elle semblait tout aussi inquiète. Len, lui, avait les yeux qui brillaient. Comme tous les jeunes écuyers de son âge, il rêvait de batailles où il pourrait montrer de quoi il était capable. Il était encore inconscient des horreurs de la guerre. Syla s’avança et reprit la main de Miku dans la sienne.

    - Votre Altesse. Je vous demande juste de me laisser une chance de vous convaincre de m’aider. Je vous prouverai que vous avez tout à gagner à monter sur le trône avec moi à Edior.

    Miku se tourna vers son frère qui l’encouragea d’un signe de tête.

    - J’en serais honorée, mentit-elle, toujours anxieuse. Mais lorsque la reine Luka apprendra votre présence ici, ne risque-t-elle pas de nous demander de vous livrer ? Nous avons un accord de paix entre nos royaumes.

    - Notre famille avait avant tout un accord avec Edior, expliqua Mikuo, ravi de la tournure de la situation. Il est normal que nous le protégions de Miginnie. De plus, Katenze possède la princesse Alys. Luka comprendra que nous désirions également garder un otage précieux dans cette situation.

    Mikuo s’approcha de Syla pour poser la main sur son épaule.

    - Parle-nous de ton plan pour récupérer Edior. Parle-nous de tes alliés. Si tu arrives à me convaincre que tu peux reprendre ta place sur le trône, alors je t’accorderai la main de ma sœur, et mon armée sera à toi.

    Chapitre 10 >>


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  • La séparation

     

    Comme souvent ces derniers temps, c’est un cauchemar qui réveilla Roku ce matin-là. Un cauchemar terrifiant et insupportable. Le genre de cauchemar qui, même éveillé, continuait de nous hanter tant il avait été effrayant et réaliste. Lorsque Roku, couvert de sueur, osa à nouveau bouger, il se leva et rejoignit en hâte le lit de son frère jumeau de l’autre côté de la pièce. Il se glissa sous la couverture, recherchant la présence réconfortante qui lui ferait bien vite oublier cet affreux cauchemar. Mais le lit était vide.

    La déception du plus jeune en ce moment fut immense. Kyuu s’était à nouveau levé sans l’attendre, alors qu’il aurait particulièrement besoin de lui en ce moment-même. Résigné, Roku se leva. Il tira les rideaux, éclairant la chambre d’une lueur matinale. Puis, il ouvrit la fenêtre, respirant l’air frais et légèrement humide. Il se força à oublier le cauchemar et, petit à petit, il se calma. Laissant la fenêtre ouverte pour aérer la chambre, il traversa la pièce pour en sortir. Il s’attendait à retrouver son jumeau dans la cuisine, mangeant son petit-déjeuner. Mais il n’était pas là non plus.

    - Kyuu ? Tu es là ?

    Seul le silence lui répondit. Leur appartement, pourtant petit, faisait étrangement vide sans son frère. Le cadet tremblait légèrement lorsqu’il ouvrit la porte du frigo. La nouvelle bouteille de lait n’était pas entamée, or Kyuu buvait toujours du lait le matin. Il n’avait donc pas pris son petit-déjeuner ici. Le plus jeune des jumeaux essaya de rassembler ses souvenirs embrumés. Kyuu était-il même rentré hier soir ? N’avait-il pas passé la nuit seul ? En refermant la porte du frigo, il remarqua qu’un message y était accroché.

    « Je suis sorti. Attends-moi s’il te plaît, je reviens vite. »

    Déçu, Roku mangea donc son petit-déjeuner seul. Certains éléments qu’il avait tenté d’oublier lui revenaient à présent douloureusement en mémoire. Cela faisait quelques temps maintenant, que Kyuu l’évitait. Ils ne s’étaient même plus vus depuis plusieurs jours. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Eux qui, avant, étaient inséparables. On dit toujours que le lien qui unit des jumeaux est spécial. Mais Roku le savait : le lien qui l’unissait à son frère l’était encore plus. Alors, il ne comprenait pas pourquoi son frère partait en le laissant seul ainsi. Ils s’étaient pourtant fait la promesse silencieuse de toujours rester à deux. Ils devaient être là l’un pour l’autre et ne jamais s’abandonner. Le cadet prit d’un geste automatique les médicaments qu’il devait prendre chaque matin, puis il débarrassa la table dans un silence de plus en plus pesant.

    Il espérait que Kyuu l’appelle dans la matinée. Mais ne recevant toujours aucun signe de vie, Roku craqua en premier. C’était toujours lui qui craquait le premier. Il prit son téléphone portable, vérifiant qu’il n’avait pas de message ou d’appel manqué. Il n’en avait jamais, n’ayant pas d’amis proches. Pourtant, même si il y était habitué, il se sentit incroyablement seul en observant son historique vide. Il rechercha le numéro de son frère dans son répertoire et l’appela. Aussitôt, une sonnerie retentit depuis leur divan. Roku s’en approcha, constatant que le téléphone de son frère s’y trouvait là, abandonné.

    - Kyuu, idiot ! Ne pars pas sans ton téléphone…

    Il prit le petit appareil dans sa main et entreprit de le mettre à charger, comme tous les jours. Il vérifia l’historique du téléphone mais, tout comme pour lui, personne ne prenait jamais de nouvelles de son frère. Les derniers messages venaient tous de lui.

    « Tu me manques. »

    « Donne-moi de tes nouvelles dès que tu peux s’il te plaît. »

    « A quelle heure rentre-tu ? »

    « J’ai mis ton repas au chaud. »

    « Est-ce que tu manges avec moi ce soir ? »

    « Où es-tu ? »

    Le plus jeune arrêta de lire, les larmes commençant à lui brouiller la vue. Il les sécha rapidement du revers de la main, refoulant sa tristesse au fond de lui pour essayer de se reprendre. Depuis combien de temps Kyuu jouait-il à ce jeu ? Avait-il fait quelque chose de mal pour qu’il le délaisse ainsi ? Ou son frère avait-il trouvé quelque chose de bien plus intéressant que lui ?

    La peine laissa place à la colère. Il en voulait terriblement à son jumeau. Il n’attendait qu’une chose, c’était qu’il vienne s’excuser du mal qu’il lui faisait en ce moment. Qu’est-ce qu’il avait hâte d’avoir une bonne discussion avec lui !

    Décidant qu’il était temps de s’habiller, Roku retourna dans la chambre. Il y régnait à présent un froid glacial. Frissonnant, le plus jeune se dépêcha de fermer la fenêtre. Le temps était étrangement mauvais pour la saison. Cela correspondait bien à son humeur.

    En entrant dans la salle de bain, un excitation soudaine le parcourut. Kyuu était rentré ! Cependant, cela ne dura qu’un court instant. Le temps qu’il se rende compte que ce n’était que son propre reflet dans le miroir. Encore plus déçu que ce matin si possible, le cadet observa son visage. Il n’avait vraiment pas bonne mine. Ses yeux étaient cerclés de cernes dû à ses nombreux cauchemars. Il mangeait moins aussi, et son visage était creusé, pâle.

    - C’est à cause de toi, Kyuu, maugréât-il. Tu vois le soucis que tu me fais en ce moment ?

    Il se demanda si son frère se faisait du soucis aussi malgré tout. Peut-être avait-il le visage aussi creusé que lui en ce moment ? Mais alors qu’il imaginait le visage de son frère, le cadet fut pris d’une violente nausée et dût se pencher pour vomir dans l’évier. Ses jambes tremblotaient alors qu’il rinça les restes de son petit-déjeuner.

    - Oh non, si en plus je suis malade, je vais devoir aller chez le médecin…

    Il parlait souvent à voix haute ces derniers temps. Cela brisait un peu le silence permanent de l’appartement.

    Se sentant faible, il alla s’asseoir dans le divan. Que devait-il faire ? Il n’avait aucune envie d’appeler le médecin. D’habitude, quand il était malade, Kyuu était là pour veiller sur lui. Si seulement il pouvait le contacter, il était sûr et certain que son frère accourrait pour venir auprès de lui en apprenant qu’il était malade.

    Roku hésitait. En réalité, il connaissait l’adresse où se trouvait son frère. Devait-il aller le voir de lui-même ? Il avait tellement espéré que ce soit lui qui vienne le voir en premier cette fois. Il se tordit les mains, anxieux. Il avait envie d’aller le voir. Même si cela signifiait encore perdre le premier. Il se leva, hésita, tourna en rond. Et si Kyuu rentrait pendant qu’il allait le voir ? Ils risqueraient de se manquer. Inquiet à cette pensée, il colla un message sur la porte du frigo, remplaçant l’ancien. Il regarda ensuite autour de lui. Il ne faisait plus beaucoup d’effort pour s’occuper de l’appartement ces derniers temps. Le désordre régnait partout, et maintenant qu’il y faisait attention, il se rendit compte que la poussière s’était accumulée.

    - Je devrais nettoyer au lieu de passer mes journées à m’ennuyer, remarqua Roku.

    Mais il aurait bien le temps une autre fois. Maintenant, tout ce qu’il voulait, c’était de voir Kyuu. Il attrapa donc un gilet et sortit. Il fit à peine quelques pas dehors que le froid le surprit. Il accéléra alors le pas, courant presque jusqu’à la station de métro. Evitant le regard des autres, il se rendit au bout du quai pour attendre le métro, là où il y avait le moins de monde. Le métro arriva bien vite et alors qu’il en franchit les portes, son regard tomba automatiquement sur une jeune femme qu’il connaissait. Cette dernière aussi le vit, mais elle détourna aussitôt le regard, se concentrant sur son téléphone.

    - Hannah, ne put-il s’empêcher de s’étonner.

    Il regretta immédiatement de lui avoir adressé la parole. Il était évident qu’elle ne souhaitait pas lui parler. Pratiquement toutes les personnes qu’il connaissait préféraient faire comme si ils ne le voyaient pas quand ils le croisaient par hasard. Mais il pensait que la jeune femme qui se prénommait Hannah n’agirait pas ainsi. Ils n’étaient pas vraiment très proches. Mais elle était l’une des seules personnes qui se montraient amicales avec eux.

    - Roku ! S’exclama-t-elle avec un sourire forcé, comme si elle venait seulement de le remarquer. Ca fait longtemps !

    C’était vrai, que cela faisait longtemps. La jeune femme travaillait loin d’ici. Même si ils se voyaient assez souvent avant, depuis quelques temps, ils avaient fini par se perdre de vue. En tout cas, il fut un peu étonné qu’elle le reconnaisse du premier coup d’oeil. Après tout, il avait mis le gilet de Kyuu. Ils se ressemblaient très fort, même pour des jumeaux, alors d’habitude les gens se trompaient tout le temps.

    - Tu… tu n’as pas froid habillé comme ça ? Demanda maladroitement la jeune femme pour faire la conversation.

    - Un peu. Il fait étonnamment froid pour la saison, non ?

    - Qu’est-ce que tu racontes ? On est en hiver !

    Roku ouvra la bouche, puis la referma. Le métro venait de s’arrêter à une station et plusieurs personnes en descendirent. Il n’avait pas remarqué que tout le monde portait des vêtements d’hiver.

    - Est-ce que tu prends bien tes médicaments ? S’inquiétait Hannah.

    - Oui, répondit le cadet, agacé qu’elle ait remarqué qu’il était malade.

    Le silence retomba entre eux alors que le métro démarrait à nouveau. Cette conversation n’était pas agréable pour Roku. Et il voyait bien que la jeune femme avait hâte d’arriver à son arrêt. Il l’aimait bien pourtant, avant. Mais comme tous les autres, elle finissait par s’éloigner de son frère et lui. Elle avait des amis bien plus intéressants qu’eux, maintenant. Il essaya de chercher un sujet de conversation dans l’espoir qu’elle retrouve une meilleure image de lui.

    - Je vais voir Kyuu, annonça-t-il.

    - Oh… Fit simplement la jeune femme, cherchant ses mots.

    - Est-ce que tu vas le voir parfois ?

    Il était curieux de savoir si leur ancienne amie commune préférait voir Kyuu que lui. Mais elle secoua tristement la tête.

    - Je suis désolée. Je n’ai pas vraiment le temps, tu sais. Je n’ai pas beaucoup l’occasion de venir par ici.

    Roku hocha la tête d’un air compréhensif. Mais en vérité, il lui en voulait de ne plus venir les voir. Il en voulait à tout le monde.

    - Ca m’embête un peu, mais ça fait quelques jours qu’il m’évite, reprit-il. Je vais lui dire deux mots à ce propos.

    Le métro ralentissait, ils arrivaient à l’arrêt auquel devait descendre Roku. Hannah l’observait, bouche bée.

    - C’est ici que je descends.

    - Attends, Roku, arriva-t-elle à balbutier. Qu’est-ce que tu racontes ?

    La porte venait de s’ouvrir. Si il ne descendait pas, il risquait de rater son arrêt.

    - Je dois y aller, Hannah. J’espère qu’on se reverra, Kyuu et moi on aimait bien passer du temps avec toi.

    - Attends, Roku ! Répéta-t-elle avec plus d’insistance. Est-ce que tu vois encore un médecin ?

    Roku était sorti de la rame. Il regardait Hannah qui restait à l’intérieur, perplexe.

    - Non. Pourquoi devrais-je voir un médecin ?

    Il eut le temps de voir l’hésitation dans son regard. Elle aurait pu descendre avec lui et lui parler. Mais elle resta à l’intérieur. Parce qu’elle avait d’autres choses à faire et qu’elle était pressée. Parce qu’elle ne savait pas ce qu’elle pouvait faire pour lui. Parce qu’elle n’en avait ni le courage, ni l'envie. Parce qu’elle n’était pas si proche que ça d’eux. Pour tout un tas de raisons, elle resta dans la rame alors que les portes se refermaient.

    - Roku, ça fait des semaines que Kyuu est parti !

    Les portes s’étaient refermées. Quelques secondes de plus et le métro repartit. Peut-être que Hannah regrettera de ne pas être descendue. Ou peut-être se forcera-t-elle d’oublier cette rencontre. Le plus jeune ne le saura jamais. Tremblant à nouveau à cause du froid, ou peut-être pas à cause du froid, il sortit de la station de métro. Kyuu ne pouvait pas être parti depuis si longtemps. Ce n’était pas possible. Il serait devenu fou. Ses pas le guidèrent instinctivement, il connaissait le chemin. Il avait hâte de revoir son jumeau. Il devait absolument lui parler. Il voulait tellement le revoir, lui parler, le toucher. Et que son frère le voie, lui parle et le touche en retour. Qu’il lui sourie, qu’il rie,qu’il lui ébouriffe les cheveux, qu’il le prenne dans ses bras. Qu’il...

    Mais arrivé à destination, il paniqua brusquement. Une panique qui le glaça bien plus que le froid environnant. Il ne savait plus où était Kyuu. Il se mit à courir, perdu.

    - Kyuu, Kyuu, Kyuu… Où es-tu ?!

    Sa respiration était saccadée. Il regardait partout, recherchant désespérément son frère. Il continuait de l’appeler, mais il ne comprenait pas pourquoi ses pas l’avaient conduit en ce lieu. Kyuu était-il vraiment ici ? Il commença à s’arracher les cheveux. Si il continuait, il savait qu’il risquait encore d’être envoyé à l’hôpital. Peut-être que cette fois, ils ne le laisseront plus sortir, comme ils le menaçaient souvent. Mais personne ne savait vraiment que faire de lui. Aucun médicament ne pouvait suffire. Aucun médecin ne pouvait l’aider.

    Enfin, il s’arrêta devant la tombe de son jumeau. Ses lèvres tremblaient alors que la réalité le frappait à nouveau de plein fouet. Ce n’était pas un cauchemar qu’il tentait de fuir. C’était la réalité qui était devenue un cauchemar. Une réalité qu’il ne pourrait jamais accepter et qu’il rejetait de tout son être. Roku tomba à genoux devant la tombe, commençant à sangloter. Il ne reverrait pas Kyuu aujourd’hui non plus.

    Kyuu était parti.

    Il avait beau pleurer, crier, se griffer le visage, Kyuu ne reviendrait plus. Le cadet se recroquevilla sur la tombe, espérant que cette fois, personne ne le retirerait de force pour le droguer de médicaments. Que cette fois, on le laisserait rester auprès de son jumeau pour toujours.

    Jusqu’à ce qu’il puisse le rejoindre, où qu’il soit parti, et lui dire de ne plus jamais l’abandonner.

     

    Note de l'auteur (à lire après la lecture du chapitre) :

    Cette histoire n’a bien sûr pas réellement eu lieue. Ce n’est pas une histoire officielle. Mais qui ne s’était jamais demandé comment réagirait Kyuu ou Roku si leur frère venait à mourir ? Kyuu et Roku sont spéciaux, ils ont été créés pour être inséparables. Il est donc difficile d’imaginer l’un vivre sans l’autre. Sans doute que si l’un venait à mourir, l’autre se suiciderait. Ou, comme je l’ai imaginé ici, il deviendrait tout simplement fou, ne pouvant accepter cette réalité.
    Si vous êtes tristes suite à cette histoire, rassurez-vous : peu importe ce qu'il leur arrive dans les histoires, chansons et autres, les "vrais" Kyuu et Roku ne seront jamais séparés ;)

     


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  • Trois mois s’étaient écoulés depuis l’arrivée d’Alys à Katenze. En ce moment-même, la jeune princesse avait mis de côté ses belles robes et chaussures raffinées pour une tunique ordinaire et des bottes, et s’entraînait avec une épée en bois contre Maika, la capitaine des gardes et fidèle amie. Depuis qu’elle avait commencé à apprendre à se battre, Alys avait dû faire face à bien des douleurs et épuisements. Se battre demandait une bonne condition physique, ce que la fille à la tresse n’avait jamais développé. Chaque matin, Maika l’emmenait courir en dehors du château pour augmenter son endurance, et lui proposait diverses activités physiques pour augmenter sa force. Les muscles endoloris, Alys devait ensuite subir les coups des épées de bois et les combats à mains nues. Pourtant, endolorie et épuisée, la princesse ne s’était jamais sentie aussi satisfaite d’elle-même. Elle était encore très faible, mais elle arrivait à étonner la capitaine par son agilité et son adresse à l’épée qu’elle améliorait de jour en jour.

    Edior était tombé. La nouvelle était parvenue trois semaines après le début de l’assaut des troupes de Miginnie. Edior avait bien tenu, mais n’avait pu repousser indéfiniment les forces ennemies. Les habitants avaient du mal à accepter la nouvelle reine, si bien qu’il y eu de nombreux mouvements de protestation et nombre de prisonniers furent faits. Les rebelles étaient pendus pour servir d’exemple, et Alys n’osait imaginer combien de visages familiers s’étaient retrouvés sur la potence. Ses parents et son frère Syla avaient également été fait prisonniers. Elle espérait qu’ils étaient bien traités, mais n’étant plus conviée aux conseils royaux, elle n’obtenait plus que de rares nouvelles grâce à Maika. Katenze avait accepté un accord commercial avec Miginnie, mettant également fin aux quelques conflits qui avaient éclatés à la frontière de leurs pays. La paix entre les différents royaumes semblait enfin revenue. Mais Alys ne pouvait l’accepter.

    Son mariage était également officiellement annulé. Loin d’être affligée par cette nouvelle, Alys se demandait toutefois ce que Katenze comptait faire d’elle à présent. Apparemment, ils avaient refusé de la livrer à Miginnie, ce dont elle était reconnaissante. Même si elle savait que ce n’était que par intérêt car elle représentait un otage précieux. Ne souhaitant plus prolonger les conflits, Miginnie avait accepté, sous la condition que Katenze annule le mariage et veille à ce qu’elle ne tente de se venger. Maika lui avait aussi appris qu’ils veilleraient à ce qu’elle ne se trouve un mari, prévoyant pour cela de lui faire prendre une voie religieuse, de crainte qu’elle n’ait un enfant qui pourrait un jour récupérer le trône.

    - Joli coup ! La complimenta Maika en repoussant un dernier assaut à l’épée.

    Alys recula, reprenant son souffle. Elle se demanda tout à coup ce que penserait sa mère en la voyant ainsi habillée et couverte de sueur, pratiquant une activité si dangereuse. Et son père, serait-il fière d’elle comme il l’était lors des entraînements de Syla ? Alors qu’elle pensait à sa famille, elle fut parcouru d’une douloureuse nostalgie.

    Bientôt, nous serons de nouveau réunis… Se promit-elle à elle-même.

    L’heure du repas approchait. Lavée et habillée d’une robe turquoise, personne n’aurait pu deviner que la jeune princesse avait passé sa journée à s’entraîner. Cependant, il était difficile de ne pas se faire voir ni d’expliquer de si longues absences. La vérité avait donc très vite été découverte. Cela n’eut cependant aucune conséquence. Certaines personnes se moquaient ouvertement, d’autres hochaient la tête d’un air compatissant, comme si ce n’était qu’une tentative désespérée et inutile d’une princesse déchue. Personne ne semblait prendre ces entraînements très au sérieux. Le roi et la reine semblaient même satisfaits de ne pas l’avoir dans les pieds à longueur de journée. Même si elle complotait une vengeance, seule et captive de Katenze, elle ne représentait guère une menace.

    Alys entra avec Maika dans la salle où était servi le repas. Plusieurs longues tables étaient alignées face à la porte. La salle était déjà pleine et les bruits de conversations, des enfants jouant entre les tables et des chiens se disputant des restes d’anciens repas emplissaient tout l’espace. Les deux femmes se dirigèrent vers la seule table perpendiculaire à toutes les autres, celle du roi et de ses convives. Surélevée sur une estrade, elle faisait face à toutes les autres tables. Au centre, le roi et la reine étaient en pleine discussion en attendant le repas. Assis à côté de son père, Kyo fit signe à Alys de le rejoindre. La fille à la tresse accepta l’invitation et s’assit sur la chaise de libre, tandis que Maika rejoignit une place en bout de table.

    - Vous êtes tellement jolie dans cette robe, la complimenta Kyo, Cela vous sied tellement mieux que ces horribles tuniques d’entraînements…

    Si le mariage avait été annulé, le prince de Katenze ne semblait point s’en formaliser et continuait de séduire la princesse. Alys en était flattée, bien qu’elle ne pouvait lui rendre ses sentiments. Certaines de ses paroles et de ses actions ne lui plaisaient pas, et courtiser était une de ses dernières priorités en ce moment.

    - Arrêtez donc de venir m’espionner durant les entraînements, si vous n’aimez guère me voir ainsi, répondit-elle en essayant d’être ferme sans être trop froide.

    Kyo rit de bon cœur.

    - Ces tenues sont horribles, mais vous… Il est intéressant de vous voir sous toutes vos… facettes. De toute façon, ce que je voulais dire, c’est que vous ne devriez pas faire ces efforts. Vous êtes si douce, si délicate… Cela serait un tel gâchis de déformer une si belle silhouette en vous musclant inutilement.

    - Devrais-je plutôt passer mes journée à coudre enfermée dans ma chambre ?

    - Vous pourriez passer plus de temps avec moi.

    A ce moment, la porte de la cuisine s’ouvrit et les serviteurs entrèrent, plats en main. Alys jeta un regard automatique vers eux sans grande conviction. Elle avait espéré apercevoir de temps en temps Kyuu et Roku, les jumeaux qu’elle avait sauvés d’une vie de brigands. Mais jamais ils ne servirent en salle. Elle pensait qu’ils devaient donc s’occuper de tâches en cuisines, mais lorsqu’elle s’y était rendu à de rares occasions, elle ne les y avait pas croisés non plus. Inquiète que le roi ait changé d’avis sur leur sort suite à la défaite d’Edior, elle avait interrogée Maika à ce sujet, mais cette dernière lui assura qu’elle n’avait pas entendu de changement d’ordre à ce sujet, et en tant que capitaine de garde elle lui assura qu’aucuns jumeaux n’étaient captifs ou avaient été pendus récemment. Alys n’avait osé investiguer plus, sachant qu’elle n’avait aucune raison de montrer trop d’intérêt envers eux. Elle se doutait qu’elle ne les reverrait plus, mais de temps en temps, à l’heure des repas, son regard se promenait encore distraitement parmi les serviteurs.

    - Passer plus de temps avec vous, répéta Alys alors que son assiette se remplissait d’un beau morceau de dinde. Je ne peux pas. Ces entraînements sont importants pour moi.

    Kyo soupira bruyamment.

    - Accepteriez-vous au moins de vous promener avec moi dans les jardins ce soir ? J’aime tellement nos conversations.

    Je ne crois pas que ma conversation soit ce qui vous intéresse le plus chez moi.

    Elle ne pouvait se montrer désagréable avec le prince cependant. Après tout, Katenze continuait de la traiter avec importance malgré la chute d’Edior, elle devait se montrer reconnaissante.

    - Ce serait un plaisir.

    Kyo continua de discuter avec elle durant tout le repas, puis il dut s’absenter pour donner des ordres à des chevaliers. Alys en profita pour se reposer dans sa chambre, seule. Alors que la nuit tombait, elle appela une servante pour l’aider à se refaire une beauté. Elle avait défait sa tresse et ses cheveux tombaient à présent gracieusement dans son dos. Elle se rendit ensuite au lieu du rendez-vous. Elle arriva la première et s’assit sur un banc en attendant le prince. Les jardins du château étaient grands mais moins bien entretenus qu’à Edior. Deux écureuils gambadaient joyeusement entre les arbres avant de disparaître de son champ de vision. Elle leva les yeux pour observer le ciel. Les premières étoiles apparaissaient. C’était une belle soirée.

    - Je suis désolé de vous avoir fait attendre.

    Kyo, très élégant dans son costume pourpre, lui fit un baise-main.

    - Je viens d’arriver également, mentit Alys pour la forme.

    Elle se leva et commença à marcher à ses côtés dans les jardins. Ils semblaient seuls, et Alys profita de ce moment de tranquillité. Sans être éperdue de lui, et sans prendre en compte son regard se perdant régulièrement dans son décolleté, la compagnie de Kyo n’était pas désagréable. Il lui parla de le chasse dont il était revenu la semaine passée, du nouveau cheval qu’il avait reçu de son père, du prochain tournoi qui approchait et qu’il comptait bien remporter.

    - Cela doit être si difficile pour vous, dit-il soudainement. L’avenir doit vous paraître si incertain.

    - Oui… Avoua Alys.

    Ils étaient arrivés dans un coin reculé du jardin. Ils étaient à l’abri des regard, et Kyo s’arrêta.

    - J’aimerais tellement pouvoir faire quelque chose pour vous… Pour vous consoler…

    Il passa doucement ses bras autour d’elle et se pencha pour l’embrasser. Automatiquement, Alys se recula.

    - Kyo… Nous ne sommes plus fiancés…

    - Cela ne me dérange pas.

    - Mais vos parents…

    - Je sais, cela serait très problématique que vous tombiez enceinte. Mais vous, cela vous arrangerait, non ? Un héritier mâle qui pourrait reprendre Edior…

    Son étreinte devint plus ferme alors qu’elle tenta à nouveau de se libérer. Malgré ses entraînements, il restait physiquement bien plus fort qu’elle. Il força ses lèvres sur les siennes, tentant de la faire céder. Mais cela eut pour seul effet de faire paniquer encore plus la jeune femme. Avec horreur, elle sentit une main froide se glisser dans son décolleté.

    - Arrêtez, s’il vous plaît, insista-t-elle lorsqu’il dut reprendre son souffle, la voix tremblante mais ferme.

    Mais Kyo ne l’écoutait pas. Il repassait déjà à l’attaque, ses mains se glissant à présent sous la jupe de sa robe. Cette fois, Alys réussit à répliquer et gifla violemment le prince. Sous le choc, elle profita de son geste pour se libérer totalement et s’enfuit à toute jambe. Son coeur battait la chamade dans sa poitrine. Elle avait eu tellement peur… Et malheureusement, elle savait que les ennuis ne faisaient que commencer. Elle avait giflé le prince de Katenze…

    Kyo resta un moment sur place, bouillonnant de rage. Au lieu de profiter de l’honneur qu’il lui faisait, la jeune femme l’avait humilié ! Comment pouvait-elle oublier aussi vite la situation dans laquelle elle se trouvait ? Will et Yuu réapparurent rapidement à ses côtés.

    - Tu nous avais demandé d’empêcher que vous soyez interrompus, remarqua Will. Mais nous ne savions pas si nous devions la retenir si elle essayait de s’enfuir…

    - Peu importe, qu’elle fuie pour le moment. Elle finira dans mon lit, qu’elle le veuille ou non.

    - Ou… Tu pourrais t’excuser de l’avoir brusquée et tenter de la séduire correctement ? Proposa timidement Yuu.

    Kyo le foudroya du regard, puis reprit la marche.

    - J’ai besoin de me changer les idées. Si nous allions en ville chercher une taverne ? Une jolie serveuse pourrait me faire oublier cet affront…

     

    ***

     

    Luka continuait de siéger au château de Miginnie. Maintenant que les guerres avaient cessées, ses principales préoccupations auraient dû être le maintien de la sécurité dans ses terres et l’expansion de leur pouvoir commercial. Cependant, les anciens habitants d’Edior continuaient de se rebeller de temps en temps, malgré les punitions et pendaisons qui en résultaient. La reine devait donc faire de nombreux aller-retour au château d’Edior pour rétablir l’ordre.

    - Que puis-je faire pour leur faire comprendre ? Maugréât un jour la reine, regardant avec agacement l’homme pendu devant elle. Je ne vais quand même pas tous les exterminer !

    Les Edioriens (bien qu’ils étaient devenus Miginniens, tout le monde les appelaient encore de cette façon pour marquer la différence, Edior étant maintenant une région faisant partie du Royaume de Miginnie) se plaignaient que la reine utilisait leurs ressources pour les Miginniens et que eux se retrouvaient dangereusement appauvris. Ce que Luka considérait comme parfaitement normal. Miginnie avait souffert de longues années à cause d’Edior. Maintenant qu’ils avaient perdu la guerre, elle n’hésitait pas à les traiter en perdant. Il fallait qu’elle leur fasse accepter leur destin, leur infériorité par rapport à son royaume.

    - J’ai entendu que beaucoup d’habitants s’inquiétaient du sort de la famille royale, remarqua Yuuma. D’habitude, les personnes royales captives continuent d’être bien traitées malgré qu’elles aient perdu. Sans crime grave, il n’est pas habituel de jeter au cachot une famille royale.

    - Ils refusaient de se rendre pacifiquement, je voulais montrer ce qu’il en coûtait de me tenir tête, personne importante ou non.

    Un éclat brilla soudainement au fond des yeux de Luka.

    - Mais oui, voilà la solution… Pendre la vermine ne peut suffire à montrer l’exemple. Il faut que je mette à mort une personne tellement importante que le peuple entier comprendra qu’il ne servira à rien de se rebeller.

    - Vous ne pouvez pas pendre un membre de la famille royale, s’inquiéta Yuuma.

    Luka se tourna vers lui en fronçant les sourcils. Il était rare que son chevalier le plus fidèle montre son désaccord envers elle.

    - Ce que je veux dire, reprit Yuuma, comprenant son erreur, est que cela vous causerait bien plus de tort que de bien. Pour l’instant, ce sont les Edioriens qui sont en tort, ils refusent d’obéir malgré que vous ayez pris le pouvoir à la loyale. Mais si vous tuer un membre de la famille royale sans raison valable, vous prendrez certes le dessus sur eux, mais votre réputation en payera le prix…

    Luka médita quelques secondes. Evidemment, il avait raison. Elle devait continuer à avoir le beau rôle. Elle s’étonna de s’être ainsi emportée, elle qui d’habitude restait calme en toute circonstance. Mais elle ne trouvera jamais la vraie sérénité tant que les Edioriens continueront à lui tenir tête, et tant que le véritable héritier continuera de vivre, représentant sans cesse une menace à sa place sur le trône.

    - Sans raison valable, répéta-t-elle.

    Un sourire se dessina sur son visage. Elle avait retrouvé son calme.

    - Yuuma, si la famille royale tentait de m’assassiner, il serait juste que je les tue pour me défendre n’est-ce pas ?

    - Oui. Mais comment pourraient-ils tenter de vous tuer alors qu’ils se trouvent au cachot ?

    - Ils pourraient tenter de s’évader. Un garde un peu distrait, une occasion qui se présenterait miraculeusement…

    - Je vois. Mais même si nous les encouragions à s’évader, que nous garantit qu’ils vous attaqueraient ?

    - L’important n’est pas ce qu’ils feront, remarqua Luka. L’important est ce que nous prouverons qu’ils ont tenté de faire.

    Yuuma hocha la tête. Il avait très bien compris le plan de sa reine. Le roi, la reine et le prince d’Edior tomberont bientôt dans le piège de Luka, sans qu’ils ne puissent rien faire pour se défendre.

     

    ***

     

    Gakupo ralentit son cheval en arrivant au point de rendez-vous. Kaito l’attendait déjà, sur son propre cheval. Le chef du clan avait encore des égratignures de sa récente chute, mais aucune blessure sérieuse. Yohio, lui, avait eu moins de chance. Une jambe cassée l’obligeait à rester au camp, ce qui était un coup dur pour le jeune homme ne vivant que pour l’action. Heureusement, il était entre de bonnes mains et personne ne doutait de son rétablissement.

    Après de rapides salutations, l’homme aux cheveux bleus entra directement dans le vif du sujet.

    - Alors ?

    - Tu as de la chance que j’aie encore de bonnes relation à Katenze, j’ai pu faire le nécessaire.

    - Ils prétendent avoir renforcé la sécurité face aux brigands, mais je suis soulagé de voir que tu aies pu encore faire tout ce chemin sans encombre. Tu dois réellement ressembler plus à un noble qu’à un brigand. Sans doute grâce à tes longs cheveux si bien entretenus ?

    - Trêve de moqueries, le coupa Gakupo.

    Le jeune homme passait effectivement beaucoup de temps à prendre soin de ses cheveux. Ce qui était assez rare pour un brigand, mais pratique pour passer inaperçu en ville.

    - As-tu vu Meiko ? S’enquit ensuite le chef avec un air plus sérieux. Elle va bien ?

    - Oui. Je n’ai pu lui parler que brièvement, elle semblait assez anxieuse. Mais elle était en pleine forme.

    - Tant mieux. J’aimerais la revoir un jour, mais elle semble toujours si occupée.

    Ils reprirent la route côte à côte, mais Kaito sentait que son compagnon avait des questions à lui poser. Il ne l’aida cependant pas à lancer le sujet.

    - Kaito, que mijote-tu ? Finit par demander l’homme aux cheveux violets.

    - Pourquoi crois-tu que je mijote quelque chose ?

    - L’ordre que tu m’as donné, entre autre.

    Kaito arrêta son cheval et regarda autour de lui, s’assurant qu’ils étaient seuls. Gakupo s’arrêta également, curieux.

    - Je suis heureux que tu me poses la question, reprit-il. Evidemment, que je mijote quelque chose. Seul Shirosaki était au courant de ce plan. Mais maintenant qu’il est mort, j’ai besoin de mettre quelqu’un d’autre dans la confidence. Car si il venait à m’arriver quelque chose, il faut que quelqu’un poursuive le plan à ma place.

    - Pourquoi pas Yohio ? Proposa Gakupo, se demandant pourquoi son second n’était pas dans la confidence.

    - Il n’a jamais été bon pour tenir un secret. Et puis, même si j’ai confiance en lui, je sais qu’il chercherait à tirer avantage de la situation, ce qui pourrait mettre tout le plan en péril. J’ai besoin de personnes calmes, réfléchies, qui ne parlent pas sans raison, comme Shirosaki… ou comme toi. Gakupo, je te connais depuis que je suis brigand, et j’ai une totale confiance en toi. Je sais aussi qu’en cas de nécessité, tu feras ce qui est juste.

    Gakupo écoutait patiemment. Il était heureux de la confiance que lui accordait le chef du groupe, qu’il connaissait effectivement depuis bien longtemps, et était aussi soulagé d’enfin savoir ce qu’il complotait.

    - Je me montrerai digne de ta confiance. Je jure que je garderai ton secret et t’aiderai à accomplir tes plans.

    - Très bien…

    Gakupo écoutait gravement les propos de son chef. D’abord, il fut très surpris. Leur groupe de brigands était certes devenu puissant et très important, mais jamais il n’aurait cru qu’ils seraient mêlés à un si grand événement. Mais il comprenait également mieux certaines décisions de son compagnon. Il admirait encore plus son chef, et sa capacité à se hisser toujours plus haut.

     

    ***

     

    Alys tremblait comme une feuille lorsqu’elle arriva dans le hall du château. Elle n’arrivait toujours pas à croire qu’elle avait giflé Kyo. Allait-il encourager ses parents à lui enlever ses privilèges ? Ou se vengerait-il en la forçant à coucher avec lui ? Elle avait tellement peur qu’elle ne s’étonna pas de voir Maika s’avancer vers elle d’un air grave. Alys avait envie de se réfugier dans ses bras et de tout lui dire. Mais oserait-elle avouer ce qu’il venait de se passer ? Il était dangereux d’accuser un prince, mais Maika était son amie… Cependant, Alys n’eut pas l’occasion d’y réfléchir plus longtemps. Maika venait de la serrer d’elle-même dans ses bras. La princesse en fut d’abord stupéfaite. Etait-elle déjà au courant ? Comment était-ce possible ?

    - Oh, Alys, je suis tellement désolée, commença-t-elle, ne sachant visiblement pas comment aborder le sujet. La nouvelle vient d’arriver. C’est horrible.

    Elle se recula pour regarder la princesse dans les yeux, tout en continuant de la tenir dans ses bras.

    - Que se passe-t-il ? S’inquiéta Alys, comprenant qu’il s’agissait d’une autre mauvaise nouvelle. Dis-le moi, Maika…

    - C’est votre famille… Ils ont tenté de renverser la reine Luka. Mais ils ont échoué.

    Alys retint son souffle. Ce n’était pas possible. Tout mais pas ça.

    - La reine Luka a fait pendre la famille royale d’Edior.

     

    Fin de la première partie.

     

    Mot de l’auteur :

    Et voilà la première partie terminée ! Je sais qu’il y a beaucoup de personnages à introduire, certains n’ont même pas encore pu montrer leur importance dans l’histoire…

    (-Miku : Est-ce qu’on a vraiment un rôle dans cette histoire ?
    - Rin : On commence à se le demander…
    - Len : Je croyais qu’on était tes personnages préférés ?

    XD J’adore faire parler les personnages de mes fictions comme ça, dans les mots de fin ou dans les commentaires. Pour ceux qui n’aiment pas, pardonnez-moi de le faire de temps en temps ! x) Bref.)

    Cette première partie était assez lourde à ce niveau-là, mais nécessaire. Il y a aussi tout un monde à apprendre : Edior, Miginnie, Katenze, Voline,… En plus d’un guide des personnages, je pense préparer un guide sur les lieux de l’histoire pour vous aider à vous y retrouver. Peut-être aussi un guide chronologique des événements important ?

    (- Luka : Oui, fais-le. Déjà rien que pour toi, ça t’évitera d’écrire des incohérences… Comme mon âge à mon arrivée à Miginnie par exemple…

    Haha, désolée pour ça, j’ai toujours eu du mal à calculer les âges ^^’)

    Bien qu’Alys soit le personnage principal de la fiction, j’ai eu à plusieurs reprises envie de la secouer… Pourtant, ses réactions et comportements sont cohérents par rapport à son vécu et à ses habitudes. Enfin, j’aime beaucoup voir son évolution, et maintenant qu’elle apprend à se battre (-Leora : Grâce à moi ! Attendez, est-ce que c’est la seule chose d’intéressant que j’ai fait dans cette première partie ? J’espère avoir un rôle plus important dans la deuxième ! ), j’espère que vous aussi vous pourrez apprécier ses changements !

    (- Alys : Sinon ça ne me dérange pas de laisser ma place à quelqu’un d’autre… Je peux plutôt aller dans une histoire où je souffrirais un peu moins ?!)

    Une partie est centrée sur Alys, l’autre, sur la recherche de l’héritier de Miginnie. Mais ces histoires sont très fortement liées (maintenant que Luka est à la tête d’Edior, royaume d’Alys, les deux femmes sont ennemies !). J’espère que cette partie de l’histoire sur Luka, Meiko, l’héritier, Yukari, Yuuma,… vous plait aussi ! Moi j’aime beaucoup écrire ces passages ! D’ailleurs j’aimais beaucoup Yukari, sa curiosité, sa passion pour les ragots, son envie de faire des choses importantes tout en ayant peur d’aller trop loin,...

    (- Yukari : Alors pourquoi?! :( )

    Genshine Kyuu et Roku ont eu plus d’importance dans cette première partie que prévu. Au début, je voulais qu’ils soient assez effacés, parce que ce sont des personnages que j’ai moi-mêmes créés et je ne voulais pas qu’on dise que je fais du favoritisme. Mais au final les passages avec eux s’écrivaient tout seul alors je me suis dit… Tant pis pour ceux que ça dérangent, moi j’aime bien écrire sur mes jumeaux x)

    ( - Kyuu : Je n’ai pas confiance, il nous arrive toujours des trucs mauvais dans ses histoires u_u

    - Roku : Je crois qu’elle aime faire souffrir les personnages qu’elle aime bien :/

    Ne les écoutez pas, je les traite très bien ! :p)

    Enfin voilà. J’espère que vous continuerez à suivre la deuxième partie pour revoir tous ces personnages continuer leur aventure !

    - Kaito : Attends, je ne suis pas encore intervenu ! Je suis un personnage important pourtant, il faut que je dise quelque chose…

    - Meiko : Moi aussi je veux dire un petit mot ! Je te vengerai Yukari ! >_<

    - Kyo : Au début je me disais super, je suis le prince charmant de l’histoire. Pourquoi je finis par passer par un satyre ? :/

    - Satou : Est-ce que quelqu’un se rappelle de moi ? :(

    Chapitre 9 >>


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